Si l’étiquette ne s’y fût opposée, elle eût sauté au cou de ce charmant cavalier portant, avec une crâne élégance, l’uniforme de son régiment d’Autriche.

Ils étaient du même âge. Il paraissait, de beaucoup, le plus jeune. Grand, les épaules larges, la figure passionnée, très brune, olivâtre presque, virgulée de moustaches noires, le nez droit, le Prince était, en dépit de ses pommettes saillantes et d’un menton osseux, le type réussi d’un assez beau Castillan.

On avait peine, en apercevant l’éclat sombre et velouté de ses prunelles bleuâtres, à s’imaginer qu’un tel homme eût macéré deux ans dans l’austérité d’un cloître…

Respectueusement, il avait porté la main de sa cousine à ses lèvres…

Dans la grande Salle d’Honneur, avant le dîner de gala, le Prince présenta sa suite, quelques officiers autrichiens, à l’Archiduchesse. A son tour, celle-ci nommait à son fiancé les personnes attachées à son Altesse.

Fraülein Mina de Gohenlirch, plus spectrale que d’habitude dans une fracassante robe de faille mauve, passa la première, automatique et guindée. La Comtesse Schwantzer et Frau von Windstrüb, fagotées à pleurer, faillirent s’écrouler dans la solennité de leurs révérences. Le Prince, réprimant mal un sourire narquois, murmura d’un accent blagueur, à l’oreille d’un officier qui se trouvait à ses côtés, le comte Adressy, son intime :

— Mais c’est le musée des Horreurs !

— Des Erreurs, Prince, rectifiait l’autre. Voyez plutôt l’admirable beauté qui suit !

— Mademoiselle Françoise de Targes, de Mertilles et Falède, notre lectrice.

Un éblouissement !… Cette fois, Hugo en croyait à peine ses yeux… Semblable merveille dans une Cour d’Allemagne était chose impossible. Et pourtant !…