Adorable, vêtue de crêpe de Chine blanc avec, pour seul joyau, quelques roses France mourant à sa ceinture, Françoise surgissait parmi toutes ces laideurs, ainsi qu’une gerbe lumineuse et splendide, magiquement éclose dans un potager rempli de choux monstrueux et de cucurbitacés grotesques.
— Mademoiselle porte sur sa personne tous les charmes d’un pays que j’adore. C’est une fleur de France, un lis, que je trouve en arrivant ici. Nul présage ne pouvait m’être plus agréable.
La comparaison était exacte. Du lis, Françoise avait la pureté, la fière splendeur et le grisant parfum.
Hugo s’était exprimé très rapidement, d’un ton enjoué, usant d’un excellent français. Frida ne comprit pas avec exactitude le sens des paroles qu’il avait prononcées. Elle avait seulement entendu « fleur de France ».
Encore sous l’impression d’une émotion trop vive, pour concevoir quelque inquiétude d’une fadaise galamment débitée, son âme tumultueuse, sous une vague de bonheur, avait été comme nettoyée de tout soupçon. Elle savourait les joies sans égales d’un triomphe attendu dix ans. Il était là !… N’était-ce pas l’essentiel ?… Son ingrat visage, au profil chevalin, s’éclairait d’une lueur d’indulgence.
Elle regarda complaisamment sa lectrice. Non, elle ne la détestait pas. Elle avait pris cette jeune fille auprès d’elle, ainsi qu’on acquiert, par fantaisie, un très beau meuble, un bijou précieux. Elle trouva donc presque naturel le compliment qu’Hugo venait d’adresser à Françoise et, s’extasiant sur l’esprit de son futur mari, elle traduisit à haute voix :
— Blume aus Frankreich !…
Le mot courait maintenant de bouche en bouche. Il semblait que, jusqu’alors, la nièce de Mlle Corbier et de Jacques Provence eût passé inaperçue. Cette étrangère, calme et discrète, qui demeurait presque toujours enfermée chez elle, mangeant si peu, buvant moins encore, et aux lectures de qui on dormait presque toujours, on la découvrait, comme par enchantement !
C’est vrai, elle était wahrhaftig schœn, — réellement belle, — cette Française jugée, jusque-là, si insignifiante !… Tous les yeux la dévoraient, à présent. Ceux des hommes surtout.
Au bal qui suivit le dîner, les officiers autrichiens se précipitèrent, le Comte Ardessy en tête, chacun réclamant la faveur d’être inscrit sur le carnet de la belle étrangère.