— Et Wogenhardt ? avait demandé Françoise, se souvenant de sa première visite à Provence.
Selon Marina, Hermann Wogenhardt était un espion modèle, écoutant aux portes, rédigeant sur tout des rapports secrets, qu’il remettait directement à Son Altesse, sans même passer par l’intermédiaire de Welschmann, et il ne partait guère de lettres qui ne fussent, au préalable, décachetées. Celles qui arrivaient étaient, en général, soumises à la même censure.
Et Françoise n’avait pu s’empêcher de frémir. Si on avait pris connaissance des épîtres qu’elle avait jusqu’ici adressées à Mlle Corbier et de celles qu’on lui répondait !… Elle s’était promis d’être, à l’avenir, plus circonspecte, en recommandant à sa famille une discrétion que la prudence rendait élémentaire.
Tous ces terrifiants bavardages avaient plus amusé qu’inquiété l’esprit de Françoise. Elle jugeait ces ragots d’office considérablement grossis par l’exagération méridionale de la Triestine, mais devant ce bracelet qui lui semblait plutôt être un piège qu’un hommage, mille soupçons venaient l’assaillir, la troubler même… Il était réel que le kümmel de l’Archiduchesse empestait l’éther et que Mina de Gohenlirch avait les narines rongées. A table, elle avait remarqué avec quelle maestria la mère Windstrüb buvait ferme et il lui revenait maintenant qu’un camée ancien, cadeau de Jacques Provence, auquel elle tenait beaucoup, avait subitement disparu après une visite inopportune de la vieille Schwantzer.
La surprise du bracelet plongeait Françoise dans un abîme de méfiance. Elle réfléchit quelques instants, puis sonna.
— Qui a apporté cet objet, et à quelle heure ? interrogea-t-elle en montrant l’écrin à la rancunière Marina.
— Le Comte Ardessy, signorina.
— Le Comte Ardessy !…
Mlle de Targes ouvrait un tiroir et, d’un geste d’instinctive répulsion, y jetait le bijou. Ce que lui avait dit précédemment la bavarde italienne au sujet de cet homme la hantait à cette heure.
Le comte Ardessy !…