Habituel pourvoyeur des plus malsaines fantaisies du Baghzen-Kretzmar, il n’était pas moins criminel que Welschmann, Oberstag et consorts. Il revenait à Françoise d’avoir parfaitement entendu chuchoter, dès l’arrivée du prince, le surnom qu’on donnait à son féal confident : L’exécuteur des basses-œuvres.
Avec son insouciance coutumière, ayant surpris l’infamant propos dans la bouche du doktor Oberstag, causant avec la Schwantzer, elle avait souri à la réminiscence d’une répartie célèbre :
« Voyez-vous ces Allemands, ils se cotisent pour faire un bon mot ! »
L’exécuteur des basses œuvres !… Ce sobriquet l’emplissait d’une sourde épouvante…
Et le Prince ! Celui-là aussi, en dépit de sa générosité proverbiale, la petite Rina le considérait comme un être dangereux, ayant un culte pour la déesse Morphine.
Les deux années passées dans un cloître d’Espagne n’étaient, assurait l’intarissable rapporteuse, qu’une légende. Il était resté, plus prosaïquement, enfermé à Berlin, dans une maison de fous.
L’envers du décor !…
En valsant avec elle, Françoise reconnaissait qu’Hugo s’était montré d’une correction parfaite. Peut-être, seulement, son étreinte avait-elle été plus nerveuse qu’il n’eût fallu… La foncière honnêteté de la jeune fille y avait, cependant, soupçonné un danger. Elle s’était émue, devinant confusément son désir. Ayant accepté de bostonner un soir, elle avait décidé de ne pas se soumettre une seconde fois à un caprice offensant, dont l’Altesse pouvait prendre ombrage.
N’avait-elle pas été tentée de lui faire part de ses appréhensions ?… Si. Mais elle avait redouté le ridicule… Elle n’était pas un marmot que la seule vue du croquemitaine glaçait d’effroi. On n’eût pas manqué de railler cette Française si facilement apeurée…
Décidément, l’envers de ce royal décor d’Allemagne, sanies purulentes sous manteau de pourpre, était ignoble !…