Françoise frissonna. Qu’allait-elle entendre ?… La silhouette falote et mielleuse de la Baronne Fossier, avec ses frisons roses et toute chamarrée d’ordres étrangers, passa devant ses yeux…

— La France est perdue, continuait l’Altesse. N’est-ce pas, à vrai dire, un pays pourri ?… Dès que la guerre éclatera, le peuple se soulèvera en masse. Il y aura, infailliblement, une révolution… Toutes les classes de la société refuseront de se battre. Résultat : Nous serons à Paris en quinze jours.

Mlle de Targes étouffait un cri.

— Quelles sont les intentions de votre Altesse au sujet de sa lectrice ?

— Je ne sais… Jusque-là cette fille nous est utile encore… Elle m’apprend le français ainsi qu’Hugo en a exprimé le désir. C’est une fantaisie à laquelle j’ai cru devoir céder. Après le mariage, nous aviserons.

— Votre Altesse ne craint-elle pas que cette femme soupçonne quelque fait ? Qu’elle en informe son gouvernement ? Elle est intelligente…

L’Altesse avait un petit rire sec, tranchant :

— Comme vous vous trompez ! Mais cette fleur française est réellement stupide ! Et elle écrit… trop ! Ces Françaises ont toutes la fâcheuse manie d’écrivasser. Leur célèbre Sévigné a irrémédiablement gâté les générations qui l’ont suivie. Fadaises. Prétention. Insignifiance et mauvais goût ! Je n’en veux pour exemple, puisque nous en parlons, que la prose de cette lectrice. Toutes les lettres qu’elle adresse à Paris, à une vieille folle qui est, je pense, sa parente, me passent, vous le savez, par les mains… Elle y traite notre cuisine de la belle façon !… Je ne songe même pas à lui en vouloir. Elle est assez sympathique, malgré tous ses défauts de race. Et puis, l’ingratitude et la moquerie ne sont-elles pas les caractéristiques des Français en général et des Françaises en particulier ?

— Votre Altesse sait-elle, et je lui demande humblement pardon si je puis la froisser en quelque façon, — la voix du Chancelier se faisait plus sourde encore, — que la « Blume-aus-Frankreich » a été très remarquée ?

— De qui ?…