— Venez, faisait l’étrange enfant. Quoique vous puissiez entendre, je vous supplie de ne pas parler ! Nous serions perdues !
Et, lentement, dans un silence où Françoise ne percevait que les battements précipités de son cœur, la cage grillagée s’enfonçait dans les ténèbres…
Une légère secousse les avertit qu’elles étaient arrivées. La Triestine posa la main sur le bras de Françoise.
— On parle !… murmura-t-elle. Écoutez !…
Des voix arrivaient, distinctes, comme à travers une cloison légère.
Françoise n’eut aucune peine à reconnaître l’accent rocailleux de l’Archiduchesse. Une voix lui répondait, plus sourde, celle du Grand-Chancelier Welschmann.
Le drame de Sérajevo qui, foudroyant, venait d’éclater, faisait les frais de l’entretien.
— Hugo ne l’entend pas ainsi, répliquait Frida. Que puis-je faire ?
— L’Empereur ne peut manquer de lui donner des instructions d’ici peu, assurait le Chancelier. Il faut que le mariage soit avancé et qu’il ait lieu avant les grandes manœuvres de ce mois, ces grandes manœuvres en qui nous avons tant d’espoir. Après l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand et de la Comtesse Chotek, les événements vont se précipiter, croyez-moi, et notre Allemagne fera triompher sa cause victorieuse. Elle sera la première nation du monde. Sa Majesté Catholique et très vénérée, l’Empereur d’Autriche, se soumettra, d’ailleurs, aux ordres que lui donnera notre Empereur et Roi, Wilhelm II.
— Que sa volonté soit faite, répondit l’Altesse d’une voix où l’émotion n’était pas feinte. Vous savez, Welschmann, que nul en Europe ne croit à la possibilité d’une guerre. « Les Amitiés internationales » me renseignent fidèlement… Les rapports que je reçois d’Angleterre et de Russie sont très significatifs à cet égard. Quant à la France…