— Signorina ! Signorina !… Ne me laissez pas retourner à Felsburg ! suppliait tout à coup la suivante. Gardez-moi ! Dussé-je vous servir pour rien… Je n’ai personne à aimer sur terre. Ni parents, ni fiancé, nul ne me retient. Gardez-moi !… Je me ferai toute petite dans votre maison de France et, s’il vous plaît, je ne vous quitterai plus !
La sauvageonne avait saisi la main de la voyageuse, et, convulsivement, l’embrassait.
Très émue, Mlle de Targes songeait à l’avenir. Que dirait Moune de cette étrangère survenant dans leur existence, où allait régner la gêne ? Ce serait un bien lourd fardeau. Trouverait-elle, elle, Françoise, un autre emploi, une autre place, surtout si cette guerre affreuse, prévue si nettement par l’Altesse, venait à éclater ?…
Perdues dans une rêverie profonde, les pensées de Françoise s’envolèrent… Elle revoyait le petit salon de Genève, aux draperies roses, aux bibelots précieux, aux gerbes claires ; Moune, dont la bonne figure souriait derrière son monocle et, assis près d’elle, un grand gaillard, à l’allure timide, aux gestes un peu gauches, aux doux yeux tendres : Amédée Giraud…
Comme c’était loin, tout cela !…
Elle comprenait, maintenant qu’elle était seule sur une terre étrangère, dans un pays ennemi, vagabondant par les routes, toute la valeur d’une affection solide comme celle de l’usinier dont, jadis, elle avait fait fi. A présent, elle regrettait — presque ! — d’avoir été si impitoyablement orgueilleuse !… Il lui semblait aussi qu’elle avait usé toute son énergie dans sa dernière entrevue avec l’Altesse. Quelle fierté n’avait-elle pas éprouvée en jetant à cette face blême et ricanante, qui avait sali sa France, — comme un pourceau piétinant des roses, — son immédiate volonté de partir et son dégoût de l’insultant cadeau du Prince !…
Tous les détails de la scène lui revenaient avec précision.
Elle s’était avancée, très pâle, avait accompli les trois révérences d’usage, puis, avant que l’Archiduchesse ait eu le temps d’ouvrir la bouche, elle avait tendu à l’héritière des Marxenstein l’écrin de maroquin noir où scintillaient, en gouttelettes lumineuses, les diamants du bracelet.
— Je remets à votre Altesse, en la priant de vouloir bien le restituer à qui de droit, un joyau qui vient de m’être adressé et que rien dans ma conduite ne peut m’autoriser à garder. Comme ma dignité personnelle se trouve, de ce fait, offensée gravement, je réclame de Votre Altesse le droit d’abandonner de suite mes fonctions auprès d’elle.
Interdite, la souveraine et Welschmann échangeaient un regard où il entrait autant de surprise que de déception.