Et la Dortnoff claquait la porte.

Or, Marina ne rentra point…

Énervée par la visite comminatoire de la Dortnoff, Françoise s’inquiéta tout d’abord de cette absence prolongée, puis s’en alarma. L’heure du déjeuner arriva sans que la jeune fille reparût. Contre son habitude, Françoise interrogea le maître d’hôtel.

— Savez-vous où se trouve ma femme de chambre ?

— Non, mademoiselle.

— L’avez-vous aperçue ce matin ?

— Non, mademoiselle.

Elle n’en tirerait rien. Elle comprenait que la Dortnoff avait commencé les hostilités. Elle grignota un peu de poulet, dont elle trouva la sauce atrocement pimentée, prit un fruit et, très altérée, sans vouloir toucher au vin, elle se versa un grand verre de l’eau d’une carafe rafraîchissant dans un seau de glace. Ce breuvage lui parut exquis ; cette eau fraîche avait une saveur de menthe. Elle en reprit une seconde fois, refusa qu’on lui servît le café, puis, s’accoudant à la fenêtre, elle s’entêta dans l’espoir de voir surgir Marina, mais accablée par la chaleur, et comme pénétrée d’un feu qui brûlait ses veines, elle céda au besoin de s’étendre sur une chaise longue.

Deux heures lentement passèrent sans qu’elle parvînt à fermer les yeux, non qu’elle luttât contre le sommeil, mais elle était en proie à un malaise singulier. Était-ce réellement la chaleur qui, en dépit des stores baissés, l’incommodait à tel point ? Elle avait la sensation d’être, de la tête aux pieds, piquée par de dévorants moustiques. Elle se leva, s’ablutionna d’eau froide.

Bien qu’aucune rougeur ne marquât la peau, l’irritation, loin de se calmer, s’accrut. La sensation était devenue si intolérable qu’elle songea, étant seule et faisant abandon de toutes ses défiances, qu’un séjour prolongé dans l’eau de la vaste baignoire lui serait salutaire.