Elle entr’ouvrit la porte donnant sur la piscine des Hespérides. Il y régnait une fraîcheur idéale. Le murmure de l’eau chantait, tentateur, dans la vasque d’argent…

La robe de Françoise tomba sur les fleurs pourpres du tapis d’Anatolie. Puis ce fut le tour du corset. La chemise ajourée, où transperçait la roseur des seins, glissa, en cercle pâle, à ses pieds. Elle s’assit sur la première marche de porphyre afin de délivrer ses jambes de la gaine de soie où elles étaient emprisonnées.

Maintenant, elle était nue, nue comme la déesse Aphrodite elle-même !

A bon droit, Moune pouvait qualifier sa nièce de « chef-d’œuvre ». Le corps de Françoise eût tenté le ciseau du sculpteur le plus difficile dans le choix d’un modèle.

La splendeur nacrée d’une chair liliale et l’harmonieuse perfection des formes de ce marbre vivant tendant, avec une grâce pudique, son petit pied aux ongles d’agate, vers la caresse de l’eau, était un enchantement. Elle risqua une jambe, puis l’autre et, dans un clapotis d’eau jaillissante, elle se laissa choir dans la vasque d’argent.

Vraiment, la sensation qu’elle éprouvait était prodigieuse. Comme elle avait été sotte, habituée à l’action bienfaisante du bain matinal, d’avoir, par un sentiment de prudence que, dans son actuelle béatitude, elle jugeait excessif, dédaigné l’accueil enchanteur de la salle des Hespérides ! Et soudain, elle eut comme une hallucination… Un cri s’étouffa dans sa gorge…

Les oranges de chaque arbre, versant le flot doré de leur lumière, s’étaient subitement éclairées, et, sur un coup de timbre, le panneau du milieu, au pied duquel couraient des azalées, s’écartait brusquement…

Il donnait sur un petit salon, meublé à l’orientale où, parmi l’encombrement des coussins, un être, enfoui sous un domino noir, et strictement masqué, scrutait — avec quel regard ! — la statue de la Peur que, symbole vivant, Françoise de Targes représentait, ruisselante, échevelée, hagarde…

Car, à côté de cette forme noire, Técla Dortnoff, un fouet à la main, se dressait, cynique, dans le triomphe de son abominable menace.

Le premier instant de stupeur passé, Françoise bondit, d’un trait, sur ses effets et se précipita vers la porte qui lui avait livré passage. Elle était close !…