Trop tard, la prisonnière comprenait qu’elle avait été jouée et qu’on avait eu impudemment raison de la prudence dont elle s’était un instant départie. L’eau qu’elle avait bue à son repas contenait un aphrodisiaque…

Blottie dans l’angle de cette porte, serrant contre ses seins, afin de masquer sa nudité, la robe qu’elle avait cueillie au vol, elle la palpait dans l’espoir d’y retrouver le couteau dont elle ne se séparait jamais. Hélas ! Elle l’aperçut qui, sur la pourpre laineuse du tapis, luisait, abandonné… à dix pas d’elle !

Et Técla, sortant du cadre, s’avançait vers elle, dominatrice et gouailleuse :

— Ah ! Ah !… Nous allons t’apprivoiser, rebelle ! Trop longtemps, tu as joué avec la patience, je crois !… Allons, il faut lâcher cette robe. Il faut que tu sois comme Dieu notre Père t’a faite. — Bénédiction ! — avec le seul vêtement de ta tignasse rousse !…

Un coup de fouet cinglait les doigts de Françoise, qui, sous la douleur, et pensant devenir folle de honte, lâcha prise…

L’autre faisait, à petits coups secs, courir le claquement du serpent de cuir sur les jambes fuselées de cette nouvelle martyre.

Ce n’était pas la souffrance qui tenaillait le plus la malheureuse, ce n’était pas l’effroi que lui inspirait son bourreau, à visage de Gorgone, c’était la vision de ce spectre noir, enseveli, comme une araignée tissant sa toile, dans l’ombre des étoffes et qui, à présent, se tenait debout, très grand, les yeux étincelants sous le velours du masque.

Un tremblement léger semblait le faire frissonner, Cet hallucinant fantôme de carnaval, et lentement, lentement, il s’approchait des deux femmes en balbutiant d’une voix étranglée :

— Assez ! Assez !…

Mais la Dortnoff négligeait de l’entendre. De sa forte main, elle avait emprisonné les dix doigts de Françoise et elle hurlait :