Ce sont ces hommes dont l'indomptable courage, après la sanglante journée du Yatay, a été ainsi apprécié par un des chefs alliés: «Ils ont combattu comme des barbares. Aucun pouvoir humain n'aurait obtenu leur soumission; ils préféraient mourir, plutôt que de se rendre [43].» Ce sont ces hommes à qui l'honneur est plus cher que la vie, témoin Marcelino Ayala et Faustino Ferreira, qui auraient trahi volontairement leur pays, en se plaçant librement dans les rangs de la triple alliance!

Allons donc! Une pareille accusation est tout à la fois monstrueuse et insensée. Il ne manquait plus à la gloire des libérateurs [44] du peuple paraguayen qu'une seule chose, c'est, après avoir égorgé une partie de leurs prisonniers et avoir réduit l'autre moitié en esclavage, d'essayer de déshonorer les glorieux vaincus du Yatay et d'Uruguayana.

[Note 43: ][ (retour) ] Han combatido como barbaros. No hay poder humano que los haga rendir; y prefieren la muerte cierta antes que rendirse.

Lettre de Venancio Florès au président Mitre, 18 août 1865.

[Note 44: ][ (retour) ] Dans la proclamation qu'il a lancée, après le combat du Yatay, le général Florès déclare que les alliés s'avancent en libérateurs, pour briser les fers de leurs frères, les Paraguayens, auxquels ils donneront, après l'expulsion du tyran Lopez, une patrie, une constitution, la liberté!

Cynisme et hypocrisie vont bien ensemble.

C'est en vain aussi que le ministre de la guerre de Rio-de-Janeiro, M. Angelo Muniz da Silva Ferreira, a démenti, dans les Débats du 22 janvier 1866, le double fait d'enrôlement et de réduction en esclavage des prisonniers de guerre. Que les ministres des États confédérés se mettent donc d'accord avec leurs organes dévoués, et qu'ils imposent silence à leurs adversaires, s'ils prétendent continuer à abuser l'opinion.

El Pueblo du 25 octobre 1865 dit textuellement: «L'esclavage est donc le présent que ces infortunés ont reçu de la croisade qui devait les délivrer!»

Le Diario do Rio-de-Janeiro, un journal ami, celui-là, puisqu'il a publié dans son numéro du 25 décembre 1865 la protestation de M. Angelo Muniz da Silva Ferreira, avait imprimé, le 14 octobre précédent, les lignes suivantes:

«Un nouvel envoi de cinq jeunes Paraguayens vient d'arriver à Sant'Anna-do-Livramento (quelle ironie dans ce mot! Livramento signifie délivrance) pour être donnés: un à M. Francisco Pinto Barreto; un autre au lieutenant Cypriano da Corta Ferreira; le troisième au capitaine Antonio Mendez de Oliveira, et les deux autres à M. Antonio Thomez Martins.»

El Siglo de Montevideo (29 décembre 1865) déclare à son tour que, «à cause des fréquentes désertions, tous les Paraguayens INCORPORÉS dans la division orientale seront désarmés, traités comme prisonniers de guerre, et envoyés à Montevideo.»

Et le rapport accablant du colonel Palleja?