»Que Votre Excellence ne se blesse pas d'entendre la vérité; qu'elle me permette de dire ce que je vois.

»Aujourd'hui, le Brésil forme les contingents qu'il envoie dans le Paraguay par trois moyens seulement:

»1º L'enrôlement forcé, accompagné de menaces d'une extrême violence. De mes propres yeux, j'ai vu les recrues qu'on amenait de la province de Minas. Elles viennent sous escorte, avec un carcan et une chaîne de fer qui les prennent au cou. Jamais je n'ai assisté à un spectacle plus douloureux!

»2º Les esclaves libérés, en échange de titres de noblesse et de décorations honorifiques [57].

[Note 57: ][ (retour) ] Le bon citoyen qui envoyait un esclave se battre pour lui, recevait la décoration de la Rose ou celle du Christ. Celui qui donnait deux esclaves à la patrie était nommé baron, etc., etc.

»3º Les condamnés au bagne [58]

Vous avez bien lu. Nous retrouvons ici les chaînes dont les gouverneurs argentins chargeaient les volontaires qu'ils expédiaient à l'armée nationale; mais avec cette aggravation du carcan, dont l'idée pouvait seule être inspirée par l'usage de la chicote.

[Note 58: ][ (retour) ] Voir à la fin du volume la note C.

Une feuille grave et estimée, de Londres, l'Observer, confirme en ces termes l'appréciation du ministre oriental, au sujet du recrutement forcé:

«Dans certains districts de l'Empire, des troubles se sont produits, parce que les autorités militaires, non contentes de la conscription, ont recours à des moyens exceptionnels, pour enrôler de force les recrues que réclame la guerre.»