Et le journal anglais ajoute, dans le même numéro du 8 mars 1868:
«Des soldats de cette espèce ne sont pas fort à craindre, pour des patriotes aussi indomptables que les Paraguayens.»
La remarque finale est très-juste; elle fait mieux comprendre la démoralisation de l'armée, après l'attaque de Curupaïty; nous n'accepterons cependant, dans les lignes précédentes, le mot exceptionnels, qu'à propos du carcan. Quant aux chaînes dont on chargerait les recrues récalcitrantes, elles sont d'un emploi usuel, grâce au mode adopté pour le recrutement des troupes impériales. On ne sait pas assez en Europe que la presse florit toujours au Brésil, en même temps que l'esclavage, et que les chaînes sont nécessaires pour paralyser la résistance des malheureux qu'on conduit--contraints et forcés--au dépôt de leur régiment.
Nous avons sous les yeux, à cette heure même, un document officiel qui ne laisse pas subsister le moindre doute à ce sujet, en expliquant le peu de sincérité du serment prêté au drapeau.
De 1836, date de sa création, à 1854, le corps de la marine impériale a reçu:
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Hommes enrôlés Sur lesquels: Ont déserté Retournés, ou capturés Perte totale: |
2,913 1,668 717 -------- 951 [59] |
[Note 59: ][ (retour) ] Extrait d'un rapport adressé à l'empereur Dom Pedro II, le 22 avril 1867, par la section de la guerre et de la marine du conseil d'Etat de l'Empire du Brésil. Ce rapport a été approuvé par l'empereur, le 24 août de la même année.
Que pense le lecteur de la composition d'un corps de 2,913 hommes, sur lesquels 1,668--plus de la moitié!--prennent la fuite, afin de se soustraire à l'honneur de servir leur pays?
De 1855 à 1865, le même corps a reçu:
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Hommes enrôlés Sur lesquels: Ont déserté Retournés, ou capturés Perte totale: |
3,814 1,706 896 -------- 810 hommes. |