Notre contradicteur s'est bien gardé, avant de rédiger son acte d'accusation, de consulter M. du Graty; il a préféré se renseigner auprès de deux écrivains dont les attaches avec Buenos-Ayres sont notoires, et qui, dès lors, ne sauraient offrir toutes les garanties qu'on est en droit d'exiger de juges rendant un arrêt.
L'un, voyageur distingué sans doute, et auteur d'un volume estimé [5], avait été chargé par le gouvernement argentin d'explorer les territoires qui sont l'objet d'un litige entre ce gouvernement et celui du Paraguay. Ces territoires étant la légitime propriété de son pays, le président Carlos Lopez n'a pu permettre qu'ils fussent explorés au nom d'un État qui en revendiquait la possession. En conséquence, il en a interdit l'accès au mandataire officiel de Buenos-Ayres.
[Note 5: ][ (retour) ] Description géographique et statistique de la Confédération Argentine. Paris, 1860.
Naturellement, M. de Moussy a gardé rancune du procédé; naturellement aussi, n'ayant pas pu se rendre compte par lui-même des nouvelles conditions au milieu desquelles fonctionnait l'administration paraguayenne, cet écrivain a traité, dans son livre, les questions relatives au Paraguay (c'est M. du Graty qui parle) «d'après les données, ou suivant l'opinion du gouvernement qui l'avait commissionné.»
C'est sous cette double influence que M. Martin de Moussy a tenu la plume, et cette influence suffit pour expliquer la sévérité trop grande--M. du Graty dit: l'animosité--qu'accusent ses appréciations à l'endroit du gouvernement du Paraguay.
L'autre peut être plus justement récusé encore.
Le volume de M. Santiago Arcos [6] représente, à vrai dire, le prologue de la guerre actuelle. Inspiré par la politique exclusive des Porteños, ce volume a paru au début du conflit.
[Note 6: ][ (retour) ] La Plata, par Santiago Arcos. Paris. 1860.]
Le moment était bien choisi pour agir sur l'opinion dont on voulait capter les sympathies. Une fois ce premier succès obtenu contre le Paraguay, on poursuivrait hardiment, avec l'approbation des populations abusées, l'oeuvre d'iniquité dont on venait ainsi de préparer l'exécution.
M. Arcos est un ancien volontaire de l'armée de Buenos-Ayres. Il a assisté à la bataille de Cepeda, où les provinces, commandées par Urquiza, ont vaincu les troupes de leur intraitable capitale.