—Je pense, chère madame, qu'il n'y a pas moyen de le dégoûter: rien ne le rebute; tout l'amuse; tout l'intéresse; et, ce qui me plaît surtout chez lui, c'est qu'il veut toujours savoir le pourquoi.

—Allons! dit ma mère, il faut se résigner.

Je savais qu'avec elle il n'y avait pas à plaisanter. Plusieurs fois elle m'avait dit:

—Tu sais, si cela ne marche pas bien, un fiacre, et chez le notaire!...

Le notaire! c'était assez pour me faire faire l'impossible.

D'autre part, mes notes de collège étaient bonnes; et, en dépit de la menace suspendue sur moi de me faire redoubler mes classes pour gagner du temps, j'avais soin de ne pas donner à mes maîtres le droit de considérer ma passion musicale comme nuisible à mes études. Une fois pourtant, je fus puni, et même assez sévèrement, pour n'avoir pas achevé je ne sais quel devoir. Le maître d'étude me mit en retenue avec un gros pensum, quelque chose comme cinq cents vers à copier. J'étais donc en train d'écrire, ou plutôt de gribouiller avec cette rapidité négligente qu'on apporte d'ordinaire à de semblables exercices, lorsque le surveillant s'approcha de la table. Après m'avoir observé en silence pendant quelques instants, il me mit doucement la main sur l'épaule, et me dit:

—C'est bien mal écrit, ce que vous faites là!

Je relevai la tête et répondis:

—Tiens! si vous croyez que c'est amusant!

—Cela vous ennuie parce que vous le faites mal; si vous y apportiez plus de soin, ajouta-t-il paisiblement, cela vous ennuierait bien moins.