LXI. Suites de ce concile.
Le Père Morin, de la délivr. de l'église, part. 2, c. 17.
Il eût été de la prudence chrétienne, dit un pieux et savant moderne, de ne pas montrer à un empereur nouvellement converti les dissensions de l'église. Les donatistes n'eurent pas cette discrétion. Cependant un tel scandale n'ébranla pas la foi de Constantin: mais on voit par sa conduite en toute cette affaire, qu'il n'était pas encore parfaitement instruit de la discipline de l'église. Ce prince aimait la paix; il la voulait sincèrement procurer; mais, trompé par les partisans secrets que les donatistes d'abord et ensuite les ariens avaient à la cour, il croyait souvent la trouver où elle n'était pas; plus ardent à chercher la lumière, que ferme à la suivre quand il l'avait une fois connue. Après le concile, Donat ne put obtenir la permission de retourner en Afrique, même sous la condition qu'il n'approcherait pas de Carthage. Pour l'en consoler, Filumène son ami, qui était en crédit auprès de l'empereur, persuada à ce prince de retenir aussi Cécilien à Brescia [Brixia] en Italie, pour le bien de la paix. Constantin envoya encore deux évêques à Carthage, pour reconnaître de quel côté était l'église catholique. Après quarante jours d'examen et de discussions, où les schismatiques montrèrent leur humeur turbulente, ces évêques prononcèrent pour le parti de Cécilien. Donat, afin de ranimer le sien par sa présence, retourna à Carthage contre l'ordre de l'empereur. Cécilien ne l'eut pas plus tôt appris, qu'il en fit autant, pour défendre son troupeau.
An 314.
LXII. Plaintes des Donatistes.
La décision du concile de Rome, loin de fermer la bouche aux schismatiques, leur fit jeter de plus grands cris. Comme pour de bonnes raisons on n'avait pas jugé à propos d'entrer dans l'examen de la personne de Félix d'Aptunge, ils se plaignaient que leur cause, abandonnée à un petit nombre de juges, n'eût pas été entendue; ils représentaient ce concile comme une cabale; ils publiaient que les évêques, renfermés en particulier, avaient prononcé selon leurs passions et leurs intérêts. L'empereur, pour leur ôter tout prétexte, consentit à faire examiner dans un concile plus nombreux la cause de Félix et l'ordination de Cécilien: et comme ils avaient demandé pour juges des évêques de Gaule, il choisit la ville d'Arles. Pour avérer la conduite de Félix pendant la persécution, et décider s'il avait véritablement livré les saintes écritures, il fallait des informations faites sur les lieux. L'empereur en chargea Élien, proconsul d'Afrique en cette année 314. L'affaire fut instruite juridiquement et avec exactitude. Le 15 de février on entendit des témoins, on interrogea les magistrats et les officiers d'Aptunge; on reconnut l'innocence de Félix et la fourberie des adversaires qui avaient falsifié des actes et des lettres. Un secrétaire du magistrat, nommé Ingentius, dont ils s'étaient servis, découvrit toute l'imposture; et le procès-verbal, dont il nous reste encore une grande partie, fut envoyé à l'empereur.
LXIII. Convocation du concile d'Arles.
Pendant qu'on préparait par cette procédure les matières qui devaient être traitées dans le concile, Constantin convoquait les évêques. Il chargea Ablabius, vicaire d'Afrique, d'enjoindre à Cécilien et à ses adversaires de se rendre dans la ville d'Arles avant le 1er d'août, avec ceux qu'ils choisiraient pour les accompagner. Il lui ordonne de leur fournir des voitures par l'Afrique, la Mauritanie et l'Espagne, et de leur recommander de mettre ordre, avant leur départ, au maintien de la discipline et de la paix pendant leur absence. Il déclare que son intention est de faire donner dans ce concile une décision définitive, et que ces disputes de religion ne sont propres qu'à attirer la colère de Dieu sur ses sujets et sur lui-même. L'empereur écrivit en même temps une lettre circulaire aux évêques. Nous avons celle qui fut envoyée à Chrestus, évêque de Syracuse. Le prince y expose ce qu'il a déja fait pour la paix, l'opiniâtreté des donatistes, sa condescendance à leur procurer un nouveau jugement; il ajoute ensuite: «Comme nous avons convoqué les évêques d'un grand nombre de lieux différents pour se rendre à Arles aux calendes d'août, nous avons cru devoir aussi vous mander de vous rendre au même lieu, dans le même terme, avec deux personnes du second ordre, telles que vous jugerez à propos de les choisir, et trois valets pour vous servir dans le voyage. Latronianus, gouverneur de Sicile, vous fournira une voiture publique.» On voit avec quelle facilité on pouvait alors assembler des conciles, et le peu qu'il en coûtait à l'empereur pour les frais du voyage des évêques.
Le concile commença le 1er jour d'août. Marinus, évêque d'Arles, y présida. Le pape y envoya deux légats: c'étaient les prêtres Claudianus et Vitus. On a dans la lettre synodale la souscription de trente-trois évêques, dont seize étaient de la Gaule. Il y en avait sans doute un plus grand nombre; mais leurs souscriptions sont perdues. Constantin n'y assista pas: il était occupé de la guerre contre Licinius. On examina les accusations contre Cécilien, et surtout la cause de Félix. On ne trouva point de preuve que celui-ci eût livré les livres saints. Après un mûr examen, tous deux furent déclarés innocents, et leurs accusateurs, les uns renvoyés avec mépris, les autres condamnés. Cette sainte assemblée fit encore, avant que de se séparer, d'excellents canons de discipline. Les évêques écrivirent au pape, qu'ils appellent leur très-cher frère, une lettre synodale, où ils lui rendent compte de leur jugement et de leurs décrets, afin qu'il les fasse publier dans les autres églises.
LXIV. Les donatistes appellent du concile à l'empereur.