Cependant, ceux des Donatistes qui étaient arrivés en Afrique y causèrent des troubles, et suscitèrent bien des affaires à Domitius Celsus, vicaire de la province, et chargé d'y remettre le calme. Le parti schismatique avait repris depuis peu de nouvelles forces par la hardiesse et la capacité d'un nouveau chef. Majorinus était mort: il avait pour successeur Donat, non pas cet évêque des Cases-Noires dont nous avons parlé jusqu'ici, mais un autre du même nom, qui, avec autant de malice, était encore plus dangereux par la supériorité de ses talents. C'était un homme savant dans les lettres, éloquent, irréprochable dans ses mœurs, mais fier et orgueilleux, méprisant les évêques même de sa secte, les magistrats et l'empereur. Il se déclarait hautement chef de parti: Mon parti, disait-il, toutes les fois qu'il parlait de ceux qui lui étaient attachés. Il leur imposa tellement par ces airs impérieux, qu'ils juraient par le nom de Donat, et qu'ils se donnèrent eux-mêmes dans les actes publics le nom de Donatistes; car c'est de lui et non pas de l'évêque des Cases-Noires, qu'ils ont commencé à prendre cette dénomination. Il soutint son parti par son audace, par les dehors d'une vertu austère, et par ses ouvrages, où il glissa quelques erreurs conformes à l'arianisme, mais qui trouvèrent même dans sa secte peu d'approbateurs. S'estimant beaucoup lui-même, et se réservant pour les grandes occasions, il laissa le rôle de chef des séditieux à Ménalius, évêque en Numidie, qui, dans la persécution, avait sacrifié aux idoles. Domitius se plaignit de celui-ci à l'empereur, qui lui manda de fermer les yeux pour le présent, et de signifier à Cécilien et à ses adversaires, qu'incessamment l'empereur viendrait en Afrique, pour connaître de tout par lui-même et punir sévèrement les coupables. Ces lettres du prince intimidèrent Cécilien; il prit le parti de se rendre à Milan.
XIV. Jugement rendu à Milan.
Dès que l'empereur fut arrivé dans cette ville, il se prépara à traiter cette grande affaire. Il entendit les parties, se fit lire tous les actes; et après l'examen le plus scrupuleux il voulut juger seul, pour ménager l'honneur des évêques, et ne pas rendre les païens témoins des discordes de l'église. Il fit donc retirer tous ses officiers et les juges consistoriaux, dont la plupart étaient encore idolâtres; et prononça la sentence, qui déclarait Cécilien innocent et ses adversaires calomniateurs. Ce jugement fut rendu au commencement de novembre; un mois après, le prince était à Sardique. Saint Augustin excuse ici Constantin sur la droiture de ses intentions, et sur le désir et l'espérance qu'il avait de fermer pour toujours la bouche aux schismatiques. Il ajoute qu'il reconnut sa faute dans la suite, et qu'il en demanda pardon aux évêques. On croit que ce fut à la fin de sa vie, quand il reçut le baptême.
XV. Mécontentement des Donatistes.
Le prince ne pouvait se flatter que sa décision fût plus respectée que celle du concile d'Arles; aussi ne produisit-elle pas plus d'effet. Il reconnut bientôt que nulle autre puissance que celle de la grace divine ne pouvait changer le cœur des hommes. Les Donatistes, loin d'acquiescer à son jugement, l'accusèrent lui-même de partialité: il s'était, disaient-ils, laissé séduire par Osius. Irrité de cette opiniâtreté insolente, il voulut d'abord punir de mort les plus mutins; mais, et ce fut peut-être, dit saint Augustin, sur les remontrances d'Osius, il se contenta de les exiler et de confisquer leurs biens. Il écrivit en même temps aux évêques et au peuple de l'église d'Afrique une lettre vraiment chrétienne, par laquelle il les exhorte à la patience, même jusqu'au martyre, et à ne point rendre injure pour injure. Les Donatistes abusèrent bientôt de cette indulgence. Dans les lieux où ils se trouvaient les plus forts, et ils l'étaient dans beaucoup de villes, surtout de la Numidie, ils faisaient aux catholiques toutes les insultes dont ils pouvaient s'aviser. Enfin l'empereur ordonna de vendre au profit du fisc tous les édifices dans lesquels ils s'assemblaient: et cette loi subsista jusqu'au règne de Julien, qui leur rendit leurs basiliques.
XVI. Violence des Donatistes.
Rien ne pouvait réduire ces esprits indomptables: l'impunité les rendait plus insolents, et la punition plus furieux. Ils s'emparèrent de l'église de Constantine que l'empereur avait fait bâtir; et malgré les ordres du prince qui leur furent signifiés par les évêques et par les magistrats, ils refusèrent de la rendre. Les évêques en firent leurs plaintes à l'empereur et lui demandèrent une autre église; il leur en fit bâtir une sur les fonds de son domaine, et tâcha d'arrêter par de sages lois les chicanes que les schismatiques ne cessaient d'inventer contre les clercs catholiques.
XVII. Silvanus exilé et rappelé.
Le principal auteur de cette persécution était Silvanus, évêque Donatiste de Constantine. Dieu suscita pour le punir un de ses diacres nommé Nundinarius, qui le convainquit devant Zénophile, gouverneur de Numidie, d'avoir livré les saintes écritures, et d'être entré dans l'épiscopat par simonie et par violence. Ce fut alors que toute l'intrigue de l'ordination de Majorinus fut révélée. Les actes de cette procédure, qui sont datés du 13 décembre 320, furent envoyés à Constantin: il exila Silvanus et quelques autres. Mais, six mois après, les évêques Donatistes présentèrent requête à Constantin pour lui demander le rappel des exilés et la liberté de conscience, protestant de mourir plutôt mille fois que de communiquer avec Cécilien, qu'ils traitaient dans ce mémoire avec beaucoup de mépris. Ce bon prince, accoutumé à sacrifier au bien de la paix les insultes faites à sa propre personne, ne s'arrêta point à celles qu'on faisait à un homme qu'il avait lui-même justifié; il n'écouta que sa douceur naturelle; il manda à Verinus, vicaire d'Afrique, qu'il rappelait d'exil les Donatistes, qu'il leur accordait la liberté de conscience, et qu'il les abandonnait à la vengeance divine. Il exhortait encore les catholiques à la patience.
XVIII. Le schisme dégénère en hérésie.