Socr. l. 1, c. 2.
Soz. l. 1, c. 7.
Cedren. t. I, p. 282.
Vales. in not. Euseb. p. 207.
Baluz. ad Lact. p. 279.
Depuis le traité de partage, la bonne intelligence semblait rétablie entre les deux empereurs. Ces dehors étaient sincères de la part de Constantin: mais Licinius ne pouvait lui pardonner la supériorité de ses armes non plus que celle de son mérite. Persuadé de la préférence qui était due à son collègue, il croyait la lire dans le cœur de tous les peuples. Cette sombre jalousie le porta à une espèce de désespoir et donna l'essor à tous ses vices. Il trama d'abord des complots secrets pour le faire périr. L'histoire n'en donne aucun détail; elle se contente de nous dire que ses mauvais desseins ayant été plusieurs fois découverts, il tâchait d'étouffer par de basses flatteries les justes soupçons que sa malice avait fait naître: ce n'était de sa part qu'apologies, que protestations d'amitié, que serments qu'il violait dès qu'il trouvait occasion de renouer une nouvelle intrigue. Enfin las de voir avorter tous ses projets contre un prince que Dieu couvrait de sa puissance, il tourna sa haine contre Dieu même qu'il n'avait jamais bien connu. Il s'imagina que tous les chrétiens de son obéissance étaient contre lui dans les intérêts de son rival, qu'ils y mettaient le ciel par leurs prières, et que tous leurs vœux étaient à son égard autant de trahisons et de crimes de lèse-majesté. Prévenu de cette folle pensée, fermant les yeux sur les châtiments funestes qui avaient éteint la race des persécuteurs, et dont il avait été le témoin et même le ministre, il n'écouta que sa colère contre les chrétiens. Il leur fit d'abord la guerre sourdement et sans la déclarer: sous des prétextes frivoles il interdit aux évêques tout commerce avec les païens; c'était en effet pour empêcher la propagation du christianisme. Il voulut aussi leur ôter le plus sûr moyen d'entretenir l'uniformité de foi et de discipline, en leur défendant par une loi expresse de sortir de leurs diocèses et de tenir des synodes. Ce prince abandonné à la débauche la plus effrénée, prétendit que la continence était une vertu impraticable; et en conséquence, par une maligne affectation de veiller à la décence publique, qu'il violait sans cesse lui-même par des adultères scandaleux, il fit une loi qui défendait aux hommes de s'assembler dans les églises avec les femmes, aux femmes d'aller aux instructions publiques, aux évêques de leur faire des leçons sur la religion, qui devait, disait-il, leur être enseignée par des personnes de leur sexe. Enfin il alla jusqu'à ordonner que les assemblées des chrétiens se tinssent en pleine campagne; l'air y était beaucoup meilleur et plus pur, disait-il, que dans l'étroite enceinte des églises d'une ville. Regardant les évêques comme les chefs d'une prétendue conspiration dont il avait l'imagination frappée, il fit périr les plus vertueux par les calomnies qu'il leur suscitait; il en fit couper plusieurs par morceaux et jeter leurs membres dans la mer. Ces cruautés exercées sur les pasteurs alarmèrent tout le troupeau. On fuyait, on se sauvait dans les bois, dans les déserts, dans les cavernes; il semblait que tous les anciens persécuteurs fussent de nouveau sortis des enfers. Licinius enhardi par cette épouvante générale lève le masque; il chasse de son palais tous les chrétiens; il exile ses officiers les plus fidèles; il réduit aux ministères les plus vils ceux qui tenaient auparavant les premières charges de sa maison, il confisque leurs biens, et menace enfin de mort quiconque osera conserver le caractère du christianisme. Il casse tous les officiers des tribunaux qui refusaient de sacrifier aux idoles; il défend de porter des aliments et de procurer aucune assistance à ceux qui étaient détenus dans les prisons pour cause de religion; il ordonne d'emprisonner et de punir comme eux, ceux qui leur rendraient ces devoirs d'humanité. Il fait abattre ou fermer les églises afin d'abolir le culte public. Sa fureur et son avarice, qui ne se portaient d'abord que sur les chrétiens, se débordèrent bientôt sans distinction sur tous ses sujets. Il renouvela toutes les injustices de Galérius et de Maximin: exactions excessives et cruelles, taxes sur les mariages et sur les sépultures, tributs imposés sur les morts qu'on supposait vivants, exils et confiscations injustes, tous ces affreux moyens remplissaient ses trésors sans remplir son avidité: au milieu des immenses richesses qu'il avait pillées, il se plaignait sans cesse de son indigence, et son avarice le rendait pauvre en effet. Épuisé par les débauches de sa vie passée, mais brûlant d'infâmes désirs jusque dans les glaces de la vieillesse, il enlevait les femmes à leurs maris et les filles à leurs pères. Souvent après avoir fait jeter dans les fers des hommes nobles et distingués par leurs dignités, il livrait leurs épouses à la brutalité de ses esclaves. C'est ainsi qu'il passa les quatre dernières années de son règne, jusqu'à ce que Constantin qu'il avait aidé à détruire les tyrans, détruisit à son tour sa tyrannie, comme nous le raconterons en son lieu.
XXVII. Victoire de Crispus sur les Francs.
Naz. pan. c. 17 et 36.
An 321.
Cependant les Francs s'ennuyaient d'un trop long repos. Quoique cette nation eût essuyé sept ans auparavant un horrible massacre, elle se joignit aux Allemands et vint insulter les frontières de la Gaule. Crispus marcha au-devant d'eux. Ils combattirent en désespérés. Mais leur acharnement ne servit qu'à rendre la victoire plus éclatante. Le prince romain montra dans cette bataille une prudence et une valeur dignes du fils de Constantin[26]. C'était au commencement de l'hiver; et avant la fin de cette saison le jeune vainqueur courut avec empressement en Illyrie à travers les glaces et les neiges pour aller joindre son père qu'il n'avait vu depuis long-temps, et lui faire hommage de sa première victoire. Les Francs instruits enfin par tant de défaites de l'ascendant que Constantin avait sur eux, demeurèrent en paix tout le reste de son règne; et tandis que ses armes faisaient trembler l'Occident, sa renommée lui attira une ambassade de la part des Perses, la plus fière nation de l'univers, qui vinrent demander son amitié.