Lib. 4, t. 12.

Ce prince ne montra pas moins d'humanité dans les réglements qu'il fit pour la perception des deniers publics. Les anciennes lois ne permettaient pas de saisir les instruments nécessaires à l'agriculture, il défendit sous peine capitale d'enlever les esclaves et les bœufs employés au labourage; c'était, en effet, rendre le paiement impossible, en même temps qu'on l'exigeait. Outre les impositions annuelles, les besoins de l'état obligeaient quelquefois d'imposer des taxes extraordinaires: il régla la répartition de ces taxes; il la confia non pas aux notables des lieux, qui en faisaient tomber tout le poids sur les moins riches pour s'en décharger eux-mêmes, mais aux gouverneurs des provinces: il recommanda à ceux-ci de régler les corvées avec équité, et leur défendit d'y contraindre les laboureurs dans le temps de la semaille et de la récolte. L'avarice toujours ingénieuse à se soustraire aux dépenses publiques, avait introduit un abus qui appauvrissait le fisc, et accablait les pauvres; les riches profitant de la nécessité d'autrui, achetaient les meilleures terres à condition qu'elles seraient pour leur compte franches et quittes de toute contribution; et les anciens possesseurs restaient par le contrat de vente chargés d'acquitter ce qui était dû pour le passé, et de payer dans la suite les redevances. Il arrivait de là que le fisc était frustré, ceux qui étaient dépouillés de leurs terres étant hors d'état de payer, et ceux qui les avaient acquises se prétendant déchargés à l'égard du fisc: l'empereur déclara ces contrats nuls; il ordonna que les redevances seraient payées par les possesseurs actuels. Les magistrats des villes qui nommaient les receveurs, furent rendus responsables envers le fisc des banqueroutes de ceux qu'ils auraient choisis. Il prit des précautions pour épargner les frais aux provinciaux qui portaient leurs taxes à la ville principale, et pour leur procurer une prompte expédition. La ferme des traites publiques avait pour objet de transporter au trésor les tributs des provinces; des magistrats la donnaient à qui il leur plaisait, et pour le temps qu'ils voulaient; et ces fermiers ne manquaient ordinairement ni d'avidité, ni de moyens pour vexer les habitants: il réforma ces abus en ordonnant que ses fermes seraient adjugées au plus offrant, sans aucune préférence; qu'elles dureraient trois ans; et que les fermiers qui exigeraient au-delà de ce qui était dû à la rigueur, seraient punis de peine capitale.

XLII. Lois pour l'ordre militaire.

Cod. Th. lib. 7, t. 21, 20, 12.

Lib. 6, t. 22.

La discipline militaire, le principal ressort de la puissance romaine, se relâchait insensiblement. Ce prince guerrier, qui devait à ses armes une grande partie de son empire, ne pouvant rétablir cette discipline dans son ancienne vigueur, en retarda du moins la décadence par de sages réglements. La faveur, qui tient lieu de mérite, faisait obtenir des brevets de titres militaires à des gens qui n'avaient jamais vu l'ennemi; Constantin leur ôta les priviléges attachés à ces titres, comme n'étant dus qu'à des services effectifs. Il en accorda de considérables aux vétérans; il leur donna des terres vacantes avec exemption de taille à perpétuité, et leur fit fournir tout ce qui était nécessaire pour les faire valoir: il les exempta encore de toute fonction civile, des travaux publics, de toute imposition; s'ils voulaient faire le commerce, il les déchargea d'une grande partie des droits que payaient les marchands. Ces exemptions furent réglées selon les espèces, les grades et les dignités des soldats. Il étendit les priviléges des vétérans à leurs enfants mâles, qui suivraient la profession des armes. Mais comme quelques-uns de ceux-ci prétendaient jouir des avantages de leurs pères sans éprouver les fatigues et les périls de la guerre; et que cette lâcheté allait si loin que plusieurs d'entre eux, surtout en Italie, se coupaient le pouce, pour se rendre inhabiles au service; l'empereur ordonna que les fils des vétérans qui refuseraient de s'enrôler, ou qui ne seraient pas propres à la guerre, seraient déchus de tout privilége et assujettis à toutes les fonctions municipales; que ceux au contraire qui embrasseraient le métier des armes, seraient favorisés dans l'avancement aux grades militaires. Les frontières tant du côté du Danube, que vers les bords du Rhin, étaient garnies de soldats placés en différents postes, pour servir de barrières contre les Francs, les Allemans, les Goths, et les Sarmates; mais quelquefois ces troupes corrompues par les Barbares, les laissaient entrer sur les terres de l'empire et partageaient le butin avec eux. L'empereur condamna au feu ceux qui seraient coupables d'une si noire trahison; et pour rendre plus sûre et plus exacte la garde des frontières, il défendit aux officiers de donner aucun congé, sous peine de bannissement, si pendant l'absence du soldat les Barbares ne faisaient aucune entreprise; et de mort, s'il survenait alors quelque alarme.

An 323.

XLIII. Causes de la guerre entre Constantin et Licinius.

Euseb. vit. Const. l. 2, c. 31, 32, 33, 34.

Zos. l. 2, c. 22.