[Theoph. p. 18 et 19.]

[Soz. l. 2, c. 8.]

Déja l'empire était rempli de chrétiens. La vraie religion avait même depuis long-temps franchi les bornes de la domination romaine; elle avait passé en plusieurs endroits le Rhin et le Danube. Les Barbares qui depuis le règne de Gallien faisaient de fréquentes incursions en Europe et en Asie, remportaient la foi dans leur pays avec les trésors de l'empire; les prêtres et quelquefois les évêques captifs leur apprenaient le nom de Jésus-Christ; et la patience, la douceur, la vie exemplaire, les miracles de ces saints personnages leur faisaient admirer et aimer sa religion. Les Goths avaient reçu l'évangile[38]: un roi d'Arménie nommé Tiridate, avait converti son peuple[39]; et le commerce des Arméniens et des Osrhoëniens faisait pénétrer la foi bien avant dans la Perse. Constantin eut la joie de voir sous son règne cette lumière se répandre dans des contrées qu'elle n'avait jamais éclairées, du moins où elle s'était éteinte aussitôt après la prédication des Apôtres et de leurs premiers successeurs. Frumentius établit la foi chez les Éthiopiens, et fut ordonné par saint Athanase évêque d'Axoum[40], capitale du pays.

[38] Les Goths durent leur conversion aux captifs chrétiens, par eux emmenés de l'Asie Mineure et des autres provinces romaines, qu'ils avaient ravagées sous le règne de Gallien. Philostorge (l. 2, § 5) est l'auteur qui nous a transmis le plus de détails sur cette conversion et sur le christianisme des Goths.—S.-M.

[39] Voyez ce que j'ai dit ci-devant, p. 76 et 77, au sujet du roi Tiridate, de l'introduction du christianisme chez les Arméniens.—S.-M.

[40] Axoum ou Auxoum, est mentionnée dans Ptolémée (l. 4, c. 8), dans le Périple de la mer Erythrée attribué à Arrien, et dans quelques autres auteurs. Cette ville, dont il sera encore question sous le règne de Justin (ci-après l. XL, § 27), à cause des relations que les Ethiopiens eurent alors avec l'empire, est presque ruinée maintenant. Ses restes ont été visités en 1805 et en 1809, par le lord Valentia et par M. Salt, qui en a donné une intéressante relation.—S. M.

[Un philosophe nommé Métrodore fut la cause indirecte de la conversion de ces peuples. A l'imitation des anciens sages, il avait entrepris de longs voyages[41] pour connaître les régions lointaines et les mœurs de leurs habitants; il avait parcouru toute l'Inde intérieure[42]. C'est le nom que les Romains donnaient alors à la partie méridionale de l'Arabie, possédée par les Homérites, et aux provinces de l'Éthiopie, comprises entre le Nil et la mer Rouge. A son retour[43], ses récits donnèrent à un autre philosophe, Méropius de Tyr, le désir de visiter les mêmes pays; il emmena avec lui deux jeunes gens, ses parents et ses élèves, assez instruits dans les lettres grecques. Quoique les pays dont il s'agit fussent éloignés de l'empire, dont ils étaient séparés par des mers et des déserts, les peuples qui y vivaient, n'étaient cependant pas tout-à-fait sans relation avec les Romains. En devenant maîtres de l'Égypte, ceux-ci héritèrent du commerce que les Grecs avaient fait autrefois par la Mer-Rouge, tant avec les peuples de l'Asie et de l'Afrique qui occupaient les rivages de cette mer, qu'avec les nations plus éloignées, établies dans l'Inde, ou sur les côtes de l'Éthiopie, qui se prolongent au loin vers le sud dans l'Océan Indien[44]. Les avantages de ce commerce avaient porté les Romains à contracter quelquefois des alliances avec ces peuples barbares, et les profits qu'ils y trouvaient les firent renouveler plusieurs fois. Long-temps après cette époque, au moment où Méropius se préparait à revenir dans sa patrie, l'alliance avec les Romains fut rompue, on ignore par quelle cause, et le philosophe fut massacré avec tous ses compagnons de voyage. Ses deux disciples Édésius et Frumentius furent seuls épargnés, en considération de leur jeunesse. On les attacha au service du roi: Édésius devint son échanson, mais Frumentius qui avait plus de capacité fut son secrétaire intime[45], et même selon Sozomène, l'intendant de sa maison et de ses finances[46].

[41] Il est question de ce Métrodore et des présents qu'il fit à Constantin dans la chronique de S. Jérôme et dans celle de Cédrénus (t. 1 p. 295). Nous en reparlerons dans les additions que nous ajouterons au § 35e du livre V.—S.-M.

[42] India ulterior, selon Rufin (l. 10, c. 9); τὴν ἐνδοτέρω Ἰνδίαν, dans Socrate (l. 1, c. 19), et dans Sozomène (l. 12, c. 24); c'est τὴν ἐσχάτην Ἰνδίαν, dans Théodoret (l. 1, c. 23).—S.-M.

[43] Ce Métrodore entreprit encore d'autres voyages chez les Indiens orientaux pour visiter les Brachmanes.—S.-M.