[55] Selon Codin, ce fut un mercredi, le 26 novembre 329, que l'on jeta les fondements de Constantinople.—S.-M.

LXIX. Motifs de Constantin pour bâtir une nouvelle ville.

La Bletterie, hist. de Jovien, t. 1, p. 353.

Si l'on consulte les règles d'une sage politique, on ne peut s'empêcher de blâmer Constantin d'avoir entrepris de bâtir une nouvelle capitale, et de diviser les forces de l'empire dans un temps où ce grand corps fatigué de la longueur des guerres civiles, épuisé par la tyrannie et le luxe de tant de princes qui l'avaient en même temps accablé, avait besoin de réunir et de concentrer ses esprits pour leur donner un nouveau ressort: cette distraction ne pouvait que dissiper un reste de chaleur. Constantinople formée et nourrie aux dépens de Rome, sans pouvoir jamais l'égaler en vigueur et en puissance, ne servit qu'à l'affaiblir. Mais les raisons d'état cédèrent aux goûts particuliers du prince, à l'éloignement qu'il avait conçu pour Rome et pour ses superstitions, et peut-être aussi à l'ambition d'être regardé comme fondateur d'un nouvel empire, en transportant le siége de l'ancien. Cette résolution étant une fois bien arrêtée, il s'agissait de choisir dans la vaste étendue de sa domination l'emplacement de sa ville impériale. La Perse était alors la seule puissance qui pût donner de l'inquiétude aux Romains, et Constantin prévoyait que Sapor ne resterait pas long-temps en paix. Il crut donc qu'il fallait reculer vers l'Orient le centre de ses forces, et opposer une barrière plus voisine à un si redoutable ennemi.

LXX. Il veut bâtir à Troie.

Suet. in Cæs. c. 79.

Zos. lib. 2, c. 30.

Soz. lib. 2, c. 3.

Crevier, Hist. des empereurs. t. 12, p. 186.

Le bruit avait couru autrefois que Jule-César voulait transporter à Troie toute la splendeur de Rome. Ce fut aussi la première vue de Constantin. Le souvenir de Troie était toujours cher aux Romains; et les Dardaniens d'Europe, chez lesquels il avait pris naissance, regardaient cette ville comme la patrie de leurs ancêtres. D'ailleurs, il se laissa sans doute enchanter par la beauté et la renommée des rivages de l'Hellespont, plus embellis encore par la poésie d'Homère que par la nature, et où tout lui rappelait des idées héroïques. Il traça donc l'enceinte de sa ville entre les deux promontoires de Rhétée et de Sigée, près du tombeau d'Ajax, et il en jeta les fondements. Les murailles sortaient déja de terre quand une vision céleste, selon Sozomène, ou sa propre réflexion lui fit abandonner l'entreprise, et préférer l'assiette de Byzance. Les navigateurs apercevaient encore long-temps après les portes de cette ville commencée sur une hauteur.