Till. art. 76.

Constantin fils aîné de l'empereur était marié depuis quelque temps. On ignore le nom de sa femme. Cette année Constance épousa sa cousine germaine, fille de Julius Constance et de Galla. Julien se récrie contre ces mariages, qu'il prétend criminels. Il en prend avantage pour satisfaire sa mauvaise humeur contre Constantin et ses enfants. Mais il n'y avait encore aucune loi qui défendit ces alliances entre cousins germains. L'empereur célébra les noces avec grand appareil: il voulut mener lui-même l'époux. Il sacrifia pourtant une partie de la joie et de l'agrément de la fête, au soin d'y maintenir une honnêteté sévère: le festin et les divertissements furent donnés dans deux salles séparées, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Il fit à cette occasion des graces et des largesses considérables aux villes et aux provinces.

XXXV. Ambassade des Indiens.

Eus. vit. Const. l. 2, c. 50.

Ce fut dans ce même temps qu'il reçut des Indiens orientaux une ambassade, qui ressemblait à un hommage que des vassaux rendent à leur souverain; comme si sa puissance se fût étendue aussi loin que son nom. Ces princes lui envoyaient des pierres précieuses, des animaux rares; ils lui faisaient dire par leurs ambassadeurs, qu'ils honoraient ses portraits, qu'ils lui érigeaient des statues, et qu'ils le reconnaissaient pour leur roi et leur empereur.

[Amm. l. 25, c. 4.

Cedrenus, t. I, p. 295.]

—[Cette ambassade doit être placée au nombre des causes, qui troublèrent la bonne harmonie, qui subsistait depuis long-temps entre la Perse et l'empire. Le philosophe Métrodore, dont on connaît déja[76] les voyages dans l'Éthiopie, qu'on appelait à cette époque l'Inde intérieure, en entreprit d'autres dans l'Inde ultérieure pour visiter les Brahmanes et observer leurs mœurs et leurs pratiques de frugalité et de vertu. Pendant son séjour dans l'Inde, Métrodore leur enseigna l'art de construire des moulins à eau et des bains; ils en furent si reconnaissants, qu'ils lui ouvrirent leurs sanctuaires et lui permirent de les visiter. Métrodore abusa de la confiance de ces philosophes, il enleva de leurs temples des perles et des pierres précieuses en quantité: il en reçut aussi beaucoup du roi des Indes, qui désirait qu'elles fussent offertes de sa part à Constantin. Lorsque Métrodore revint à Constantinople, il présenta ces objets précieux à l'empereur, qui en fut enchanté; mais ce fut en son propre nom, cachant qu'elles venaient du prince indien. Il ne borna pas là ses impostures, il ajouta qu'il aurait apporté une plus grande quantité de ces pierres, si elles ne lui avaient pas été ravies par les Perses, lorsqu'il traversait leur pays pour rentrer dans l'empire. Constantin fut transporté de colère par ce mensonge, et aussitôt il écrivit au roi de Perse, se plaignant amèrement de l'enlèvement des objets précieux, dont il demandait la restitution. Cette lettre qui dut surprendre Sapor, resta sans réponse; et bientôt, comme on le verra sous l'année suivante, la guerre éclata entre les deux états.[77]]—S.-M.

[76] Voyez ci-devant, livre IV, § 65.

[77] J'ignore pourquoi Lebeau, et avant lui Crévier, n'ont fait aucune mention de cette circonstance intéressante; auraient-ils eu des doutes sur la véracité de Cédrénus, historien assez moderne il est vrai, mais qui n'a pu certainement inventer un pareil fait et dont l'exactitude est d'ailleurs, en ce point, attestée par le témoignage d'Ammien Marcellin. Ce dernier auteur en parlant de la guerre entreprise par Julien contre les Perses, fait mention des mensonges de Métrodore et de leurs conséquences; il est vrai qu'il semble placer la guerre dont il s'agit, sous le règne de Constance, mais je ne crois pas qu'une mention faite en passant, et où il peut y avoir une légère faute de copiste, doive l'emporter sur le récit détaillé de Cédrénus. Quoiqu'il en soit, voici ce que dit Ammien Marcellin. Sed Constantium ardores Parthicos succendisse, cum Metrodo rimendaciis avidiùs acquiescit. C'en est assez pour assurer le certitude du fait en lui-même.—S.-M.