XXXVI. Rappel d'Arius.

[Rufin, l. 10, c. 11.]

Socr. l. 1, c. 14 et 25.

Theod. l. 1, c. 20.

Soz. l. 2, c. 16 et 27.

Philost. l. 2, c. 7.

Vit. Athan. apud Phot. cod. 257.

Baronius, ann. 327.

Fuhrm. de bapt. Const. part. 1, p. 54.

Tandis que la joie de ces fêtes se répandait dans tout l'empire, le bannissement d'Athanase tenait l'église dans les larmes, et la mort terrible d'Arius en faisait verser à ses sectateurs. Nous avons laissé cet hérésiarque en exil aussi bien qu'Eusèbe de Nicomédie et leurs adhérents déclarés. Il faut reprendre le fil de leurs intrigues, et montrer par quels artifices ils vinrent à bout de surprendre l'empereur, jusqu'à l'armer contre ceux-mêmes qu'il avait toujours respectés comme les défenseurs de la foi orthodoxe. Constantia veuve de Licinius et sœur de l'empereur, avait auprès d'elle un prêtre, arien déguisé, qui ayant commencé par faire sa cour aux eunuques, s'était ensuite par leur moyen rendu maître de l'esprit de la princesse. Ce n'était pas un de ces directeurs vains et impérieux, dont la tyrannie les expose à de fâcheux retours. Celui-ci doux, flatteur, rampant, plus jaloux du solide que de l'éclat, gouverna d'abord Constantia, et ensuite l'empereur même, avec si peu de bruit, que l'histoire ignore son nom, et ne le fait connaître que par ses œuvres. Quelques modernes, sans beaucoup de fondement, le confondent avec Acacius, surnommé le borgne, qui fut évêque de Césarée après Eusèbe. Dans les funestes tragédies qui suivirent, ce fut cet inconnu, qui toujours caché derrière la scène, donnait par des ressorts imperceptibles le mouvement à toute la cour. Il ne lui fut pas difficile de persuader à la princesse, qu'Arius était l'innocente victime de l'envie. Constantia tomba malade; et son frère, attendri par son état, plus encore par ses malheurs dont il était lui-même la cause, lui rendait des visites assidues. Comme elle était sur le point de mourir: «Prince, lui dit-elle, en lui montrant ce prêtre, je vous recommande ce saint personnage; je me suis bien trouvée de ses sages conseils; donnez-lui votre confiance: c'est la dernière grace que je puis obtenir de vous, et c'est pour votre salut que je la demande. Je meurs, et toutes les affaires de ce monde vont me devenir étrangères; mais je crains pour vous la colère de Dieu: on vous séduit; n'êtes-vous pas coupable de vous prêter à la séduction et de tenir en exil des hommes justes et vertueux?» Ces paroles pénétrèrent le cœur de Constantin affaibli par la douleur: l'imposteur s'y établit aussitôt et s'y maintint jusqu'au dernier soupir du prince. Le premier effet de cette confiance fut le rappel d'Arius. L'empereur se laissa insinuer que sa doctrine était celle du concile même; qu'on ne le traitait en criminel que parce qu'on ne voulait pas l'entendre; que si on lui permettait de se présenter au prince, il le satisferait pleinement par sa soumission aux décrets de Nicée. Qu'il vienne donc, dit l'empereur, et s'il fait ce que vous promettez, je le renverrai avec honneur à Alexandrie. On mande aussitôt Arius; mais ce rusé politique, guidé sans doute par son protecteur secret, affecta de douter de la réalité des ordres du prince, et resta dans son exil. Constantin, ardent dans ses désirs, lui écrit lui-même avec bonté, lui fait des reproches de son peu d'empressement, lui ordonne de se servir des voitures publiques, et lui promet l'accueil le plus favorable. C'était à ce degré de chaleur qu'Arius voulait amener le prince: il part sur-le-champ, se présente à l'empereur, et lui en impose par une profession de foi équivoque.