XXXVII. Retour d'Eusèbe et de Théognis.

Le retour d'Arius entraînait celui de ses partisans: aussi Eusèbe et Théognis ne s'oublièrent pas; mais pour varier la scène, ils prirent un autre tour. Ils s'adressèrent aux principaux évêques catholiques. Ils s'excusaient de n'avoir pas souscrit à l'anathème, sur la connaissance particulière qu'ils avaient de la pureté des sentiments d'Arius; ils protestaient de la parfaite conformité de leur doctrine avec la décision de Nicée: Ce n'est pas, disaient-ils, que nous supportions notre exil avec impatience; ce n'est que le soupçon d'hérésie qui nous afflige; c'est l'honneur de l'épiscopat qui nous fait élever la voix; et puisqu'on a rappelé celui qu'on regarde comme l'auteur de la discorde, puisqu'on a bien voulu entendre ses défenses, jugez s'il serait raisonnable que par notre silence nous parussions nous reconnaître coupables. Ils priaient les évêques de les recommander à l'empereur, et de lui présenter leur requête. La circonstance était favorable, et la demande paraissait juste. Ils revinrent la troisième année de leur exil, et rentrèrent triomphants en possession de leurs églises, d'où ils chassèrent les deux évêques qu'on leur avait substitués. Eusèbe fut plus adroit dans la suite à masquer son hérésie: toujours acharné sur les catholiques, il sut couvrir la persécution sous des prétextes spécieux, et ne se déclara ouvertement Arien qu'après la mort de Constantin. Bientôt, pour le malheur de l'église, il regagna les bonnes graces du prince; et l'on ne peut s'empêcher d'être surpris que les couleurs affreuses, sous lesquelles l'empereur avait dépeint ce prélat trois ans auparavant dans sa lettre aux habitants de Nicomédie, se fussent si tôt effacées de son esprit. La lettre prouve que les impressions étaient bien vives dans Constantin; et le prompt retour de sa faveur, qu'elles n'étaient pas bien profondes. Eusèbe s'était emparé du cœur de Constance, le fils bien-aimé de l'empereur; il n'en fallait pas davantage pour disposer de toute la cour. Le reste de l'histoire de Constantin n'est qu'un tissu de fourberies de la part des Ariens, de faiblesses et d'illusions de la part du prince. Arius, malgré son habileté à se déguiser, ne trouva pas la même facilité dans Athanase. En vain s'efforça-t-il de rentrer dans la communion de son évêque; celui-ci refusa constamment de le recevoir, quelque instance que lui en fit Eusèbe, qui lui écrivit même à ce sujet les lettres les plus menaçantes.

XXXVIII. Déposition d'Eustathius.

Socr. l. 1, c. 23 et 24.

Theod. l. 1, c. 21.

Soz. l. 2, c. 18 et 19.

Philost. l. 2, c. 7.

Pour intimider Athanase, et le priver en même temps du plus ferme appui qu'il eût dans l'église, Eusèbe fit tomber les premiers éclats de l'orage sur Eustathius, évêque d'Antioche. Il s'était élevé une dispute fort vive entre cet illustre prélat et Eusèbe de Césarée. Eustathius accusait Eusèbe d'altérer la foi de Nicée; Eusèbe de son côté attribuait à Eustathius l'erreur de Sabellius. Eusèbe de Nicomédie voulut terminer cette querelle à l'avantage de son ami, par un coup de foudre. Il dressa son plan, et pour en cacher l'exécution à l'empereur, il feignit d'avoir un grand désir d'aller en dévotion à Jérusalem, et d'y visiter l'église célèbre que le prince y faisait bâtir. Il sort de Constantinople en grand appareil, accompagné de Théognis, son confident inséparable. L'empereur leur fournissait les voitures publiques, et tout ce qui pouvait honorer leur voyage. Les deux prélats passent par Antioche; Eustathius les reçoit avec une cordialité vraiment fraternelle: de leur côté, ils n'épargnent pas les démonstrations de la plus sincère amitié. Arrivés à Jérusalem, ils s'ouvrent de leur dessein à Eusèbe de Césarée et à plusieurs autres évêques ariens, et forment leur complot. Tous ces prélats les accompagnent comme par honneur dans leur retour à Antioche. Dès qu'ils sont dans la ville, ils s'assemblent avec Eustathius et quelques évêques catholiques qui n'étaient pas dans le secret, et donnent à leur assemblée le nom de concile. A peine avait-on pris séance, qu'ils font entrer une courtisane, qui, portant un enfant à la mamelle, s'écrie qu'Eustathius est le père de cet enfant. Le saint prélat, rassuré par sa conscience et par sa fermeté naturelle, ordonne à cette femme de produire des témoins; elle répond avec impudence, qu'on n'en appela jamais pour commettre un pareil crime. Les Ariens lui défèrent le serment; elle jure à haute voix qu'elle a eu cet enfant d'Eustathius: et sur-le-champ ces juges équitables, sans autre information ni autre preuve, prononcent la sentence de déposition contre Eustathius[78]. Les évêques catholiques étonnés d'une procédure aussi irrégulière réclament en vain contre ce jugement: Eusèbe et Théognis volent à Constantinople pour prévenir l'empereur, et laissent leurs complices assemblés à Antioche.

[78] Cet évêque fut déposé en l'an 331.—S.-M.

XXXIX. Troubles d'Antioche.