XXVIII. Progrès du christianisme.

Baron. in ann. 312.

Prud. in Sym. l. 1, v. 546.

Les supplices auraient produit l'opiniâtreté et la haine du christianisme; Constantin en sut inspirer l'amour. Son exemple, sa faveur, sa douceur même firent plus de chrétiens, que les tourments n'en avaient perverti sous les princes persécuteurs. On en vint insensiblement à rougir de ces dieux qu'on se faisait soi-même; et selon la remarque de Baronius, la chute de l'idolâtrie fit même tomber la statuaire. La religion chrétienne pénétra jusque dans le sénat, le plus fort rempart du paganisme: Anicius, illustre sénateur, fut le premier qui se convertit; et bientôt, à son exemple, on vit se prosterner aux pieds de la croix ce qu'il y avait de plus distingué à Rome, les Olybrius, les Paulinus, les Bassus.

XXIX. Honneurs que Constantin rend à la religion.

Euseb. vit. Const. l. 1, c. 42.

Socr. l. 1, c. 1.

Theoph. p. 11.

Baron. an. 312.

L'empereur remédia à tous les maux qu'il put guérir sans faire de nouvelles plaies. Il rappela les chrétiens exilés; il recueillit les reliques des martyrs, et les fit ensevelir avec décence. Le respect qu'il portait aux ministres de la religion, la rendait plus respectable aux peuples. Il traitait les évêques avec toute sorte d'honneurs; il aimait à s'en faire accompagner dans ses voyages; il ne craignait pas d'avilir la majesté impériale en les recevant à sa table, quelque simples qu'ils fussent alors dans leur extérieur. Les évêques de Rome, persécutés et cachés jusqu'à ce temps-là, qui ne connaissaient encore que les richesses éternelles et les souffrances temporelles, attirèrent la principale attention de ce prince religieux. Il leur donna le palais de Latran, qui avait été autrefois la demeure de Plautius Lateranus, dont Néron avait confisqué les biens, après l'avoir fait mourir. Depuis que Constantin était devenu maître de Rome, on appelait cet édifice le palais de Fausta, parce que cette princesse y faisait sa demeure. Quoique Baronius place ici cette donation, il y a apparence qu'elle doit être reculée jusqu'après la mort de Fausta en 326. Constantin avait un palais voisin de celui-là, il en fit une basilique chrétienne qui fut nommée Constantinienne, ou basilique du Sauveur, et il la donna au pape Miltiade et à ses successeurs. C'est aujourd'hui Saint-Jean de Latran. Ce fut là le premier patrimoine des papes. Il n'est plus besoin en France de réfuter l'acte de cette donation fameuse, qui rend les papes maîtres souverains de Rome, de l'Italie et de tout l'Occident.