XXVII. Conduite de Constantin par rapport au christianisme.
Lact. inst. div. l. 1, c. 21.
Theoph. Chron. p. 13.
Cedren. t. I, p. 272.
Anony. Vales.
Prud. in Sym. l. 1, v. 615.
Mem. Acad. Inscript. t. 15, p. 75.
Till. art. 28 et note 34 sur Constantin.
[Zos. l. 4, c. 36.]
Des soins plus importants occupaient encore le prince. Il devait à Dieu sa conquête, il voulait la rendre à son auteur; et par une victoire plus glorieuse et plus salutaire, soumettre ses sujets au maître qu'il commençait lui-même à servir. Instruit par des évêques remplis de l'esprit de l'Évangile, il connaissait déja assez le caractère de la religion chrétienne, pour comprendre qu'elle abhorre le sang et la violence, qu'elle ne connaît d'autres armes que l'instruction et une douce persuasion, et qu'elle aurait désavoué une vengeance aveugle, qui arrachant les fouets et les glaives des mains des païens, les aurait employés sur eux-mêmes. Plein de cette idée, il se garda bien de révolter les esprits par des édits rigoureux; et ceux que lui attribue Théophanes, copié par Cédrénus, ne sont pas moins contraires à la vérité, qu'à l'esprit du christianisme. Ces écrivains, pieux sans doute, mais de cette piété qu'on ne doit pas souhaiter aux maîtres du monde, font un mérite à Constantin d'avoir déclaré, que ceux qui persisteraient dans le culte des idoles auraient la tête tranchée. Loin de porter cette loi sanguinaire, Constantin usa de tous les ménagements d'une sage politique. Rome était le centre de l'idolâtrie; avant que de faire fermer les temples, il voulut les faire abandonner. Il continua de donner les emplois et les commandements à ceux que leur naissance et leur mérite y appelaient; il n'ôta la vie ni les biens à personne; il toléra ce qui ne pouvait être détruit que par une longue patience. Sous son empire, et sous celui de ses successeurs, jusqu'à Théodose le Grand, on retrouve dans les auteurs et sur les marbres tous les titres des dignités et des offices de l'idolâtrie; on y voit des réparations de temples et des superstitions de toute espèce. Mais on ne doit pas regarder comme un effet de cette tolérance, les sacrifices humains qui se faisaient encore secrètement à Rome du temps de Lactance, et qui échappaient sans doute à la vigilance de Constantin. Il accepta la robe et le titre de souverain-pontife, que les prêtres païens lui offrirent selon la coutume, et ses successeurs jusqu'à Gratien eurent la même condescendance. Ils crurent sans doute que cette dignité, qu'ils réduisaient à un simple titre sans fonction, les mettait plus en état de réprimer et d'étouffer peu à peu les superstitions, en tenant les prêtres païens dans une dépendance immédiate de leur personne. Ce n'est pas à moi à décider s'ils ne portèrent pas trop loin cette complaisance politique.