Sulp. Sev. vita Martini, c. 3.
Ensuite de cette expédition on rétablit sur les bords de la Meuse trois forteresses, que les Barbares avaient détruites: et comme il restait encore aux soldats des vivres pour dix-sept jours, Julien en fit laisser une partie dans ces places, comptant sur les moissons des Saliens et des Chamaves. Mais avant quelles fussent en maturité, le blé manqua aux troupes; et le soldat ne trouvant pas de subsistance s'abandonna aux murmures. La faim lui fit perdre tout respect et toute estime pour son général: Julien n'était plus alors qu'un sophiste, un imposteur, un faux philosophe[195]. «Que veut-on faire de nous, s'écriaient les plus mutins? On épuise nos forces par des marches plus meurtrières que des combats: on nous traînera bientôt au travers des neiges et des glaces; et aujourd'hui, que nous tenons aux ennemis le pied sur la gorge, on nous fait périr de faim. Qu'on ne nous traite pas de séditieux, si ce n'est l'être que de demander du pain. Qu'on ne nous donne ni or ni argent; nous avons perdu l'habitude d'en toucher et même d'en voir; comme si la patrie désavouait nos services, et que ce ne fût pas pour elle que nous prodiguons notre vie.» Ces plaintes n'étaient que trop bien fondées. Depuis que Julien commandait les armées de la Gaule, Constance, loin de leur faire aucune gratification après les succès, ne leur payait pas même leur solde. Julien n'avait aucun moyen d'y suppléer; et ce qui prouve que c'était de la part de Constance un effet de malignité plutôt que d'avarice, c'est qu'un jour Julien ayant fait une très-légère libéralité à un soldat, le sécrétaire Gaudentius, qui était auprès de lui l'espion de l'empereur, lui en fit un crime à la cour, et lui attira une sévère réprimande. Cependant, s'il en faut croire Sulpice Sévère, dans une occasion auprès de Worms [Vangiones], il distribua une gratification aux soldats, sans doute à ses dépens.
[195] Asianum appellans, Græculum, et fallucem, et specie sapientiæ stolidum. Amm. Marcell., l. 17, c. 9.—S.-M.
XII. Suomaire dompté.
Amm. l. 17, c. 10.
Alsat. illustr. p. 408.
Julien plus touché du triste état de ses troupes, qu'offensé de leurs murmures, ne songea qu'à les soulager, au lieu de les punir. L'obéissance et le respect revinrent avec l'abondance. On jeta un pont sur le Rhin, on entra sur les terres des Allemans. Sévère perdit toute sa gloire dans cette expédition. Ce vieux général qui jusqu'alors avait inspiré le courage par ses paroles et par son exemple devint tout à coup lâche et timide: il était toujours d'avis de ne point combattre; il n'avançait qu'à regret; il corrompit même secrètement les guides, et les obligea par les plus terribles menaces à dire unanimement qu'ils ne connaissaient pas les chemins. Ces obstacles ralentissaient la marche de l'armée; mais la terreur avait saisi les ennemis. Suomaire, un de leurs rois, prince auparavant féroce et ardent au pillage, se crut fort heureux de conserver son pays, situé entre le Rhin et le Mein. Il vint au-devant de Julien avec l'extérieur d'un suppliant, et, se jetant à ses genoux, il protestait qu'il était prêt à accepter toutes les conditions qu'on voudrait lui imposer. Julien exigea de lui qu'il rendît les prisonniers, et qu'il fournît des vivres. Il voulut même qu'il s'assujettît à prendre des quittances, et que, faute de les représenter quand il en serait requis, il s'obligeât à faire une seconde fois les mêmes fournitures. Suomaire ne refusa rien, et fut fidèle à l'exécution.
XLII. Hortaire réduit à demander la paix.
Amm. l. 17, c. 10.
Zos. l. 3, c. 4.