Banduri, in Magnent.

[Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 121 et 122.]

Magnence vient jouir de sa conquête: le massacre des citoyens les plus considérables lui tient lieu de triomphe. Il fait mourir Eutropia, dont tout le crime était d'être mère de Népotianus. Les Barbares, tels que les Germains et les Iazyges, qui composaient une partie de son armée, assouvissent la haine naturelle qu'ils portaient au nom romain. Marcellinus le maître de Magnence, plutôt que son ministre, s'attache surtout à éteindre tout ce qui tenait par des alliances à la maison impériale. Au milieu de ces désastres, la crainte, qui affecte les dehors de l'admiration et de la reconnaissance, prodigue à l'oppresseur les titres de libérateur de Rome et de l'empire, de réparateur de la liberté, de conservateur de la république, des armées et des provinces. On ne célèbre sur ses monuments et sur ses monnaies que le bonheur, la gloire et le rétablissement de l'état[5]. Magnence enivré de ces fausses louanges, pour persuader au peuple, et peut-être à lui-même, qu'il les a méritées, fait arrêter plusieurs officiers de son armée, qui s'étaient distingués dans le massacre; il les punit de lui avoir obéi, et les sacrifie à la vengeance publique. Mais en même temps il ne relâche rien de sa tyrannie. Il oblige par un édit tous les Romains sur peine de la vie à porter au trésor la moitié de la valeur de leurs biens; et contre les lois anciennes et nouvelles, il permet aux esclaves de dénoncer leurs maîtres. C'était les y exciter. Il contraint les particuliers d'acheter les terres du domaine. Son avarice n'était pas le seul motif de ces tyranniques ordonnances. Il faisait d'immenses préparatifs, et rassemblait des troupes de toutes parts, pour soutenir la guerre contre Constance: car il méprisait la vieillesse imbécille de Vétranion. Les troupes romaines répandues dans la Gaule et dans l'Espagne, les Francs, les Saxons et les autres Barbares d'au-delà du Rhin, attirés par l'appât du pillage, se mettent en mouvement pour se rendre sous ses enseignes. Les garnisons quittent la frontière. Chaque ville de la Gaule devient un camp. On ne rencontre sur les chemins que fantassins, cavaliers, gens de trait. Les Alpes sont sans cesse hérissées de lances et de piques; toutes ces bandes comme autant de torrents fondaient en Italie; et la terreur était universelle.

[5] Les médailles de Magnence portent les légendes BEATITVDO. PVBLICA. ou LIBERATOR. REIPVBLICAE. ou RENOBATIO (sic). VRBIS. ROME (sic). ou RESTITVTOR. LIBERTATIS. Les mêmes expressions se retrouvent dans les inscriptions faites en l'honneur de ce tyran.—S.-M.

XII. Guerre de Perse.

Liban. or. 10, t. 2, p. 309 et 310.

Zos. l. 2, c. 45.

Zon. l. 13, t. 2, p. 13.

Constance était encore à Antioche, où il prenait des mesures pour reconquérir l'Occident. Sur la nouvelle de la révolte, il avait quitté la Mésopotamie toujours infestée par les Perses. Après la bataille de Singara, Sapor, ayant pendant l'hiver réparé ses pertes, avait dès le printemps repassé le Tigre. Constance de son côté passa l'Euphrate. On sait en général que l'empereur reçut cette année-là plusieurs échecs; mais on en ignore le détail. Il y a quelque apparence que le mauvais succès de la bataille de Singara avait découragé les troupes romaines; et l'incapacité de leur chef n'était pas propre à leur rendre le cœur. Ce fut apparemment alors que les Perses prirent sur les Romains cette supériorité, qu'ils conservèrent tant que Constance vécut. Ce prince ne se montra plus sur les frontières de la Perse, que pour y recevoir des affronts. Renfermé dans son camp et toujours prêt à prendre la fuite, il laissait l'ennemi faire librement ses incursions. Les Romains à qui il apprenait à trembler, s'accoutumèrent à se tenir cachés sous leurs tentes, tandis qu'on enlevait jusqu'aux portes de leur camp les habitants des villes et des campagnes qu'ils étaient venus défendre. Ces braves soldats, qui jusqu'alors avaient préféré l'honneur à la vie, commencèrent à ne plus craindre que la mort. Une nuée de poussière, qui annonçait l'approche d'un escadron ennemi, les mettait en fuite. Ils ne pouvaient soutenir la vue d'un Perse; le nom même de Perse était devenu un épouvantail, dont on se servait soit par raillerie, soit pour leur faire interrompre le pillage.

XIII. Siége de Nisibe.