[231] Rien n'indique dans le récit d'Ammien Marcellin, quelle pouvait être la grandeur de la ville d'Amid. Avant les travaux que Constance y avait fait faire, lorsqu'il était encore César, elle était perbrevis; mais tout indique que, depuis, elle était devenue une ville considérable. Cependant Ammien Marcellin dit dans un autre endroit (l. 19, c. 2), qu'elle n'avait pas une très-grande circonférence, civitatis ambitum non nimium amplæ. On n'y pouvait trouver assez de place pour donner la sépulture aux guerriers qui périssaient, ce qui se conçoit, puisque la ville était située au sommet d'une hauteur, dont elle occupait toute la surface. Malgré cela outre la population ordinaire, et tous les réfugiés des deux sexes, il y avait encore vingt mille soldats, et militibus aliis paucis adusque numerum millium XX. Ceci est en rapport avec ce que dit Ammien de la multitude de troupes renfermées dans cette ville. On n'y pouvait trouver de place quand Ammien s'y réfugia; non qu'elle fût petite; mais sa population s'était grossie des habitants du voisinage qui s'y étaient retirés, et par ce qu'une foire qui se tenait dans ses fauxbourgs, y avait attiré des paysans. Le contemporain Faustus de Byzance (l. 4, c. 24) dit que, lorsque les Perses s'en emparèrent, ils y détruisirent quarante mille maisons. Ce récit, fût-il exagéré, fait toujours voir qu'Amid était effectivement une très-grande ville.—S.-M.

LIX. État de la ville d'Amid.

Amm. l. 18, c. 9. et l. 19, c. 2.

Amid était forte par son assiette, par ses murailles, et bien pourvue de défenseurs. La cinquième légion, nommée Parthique, était attachée à la garde de cette place[232]. A l'approche des Perses six autres légions s'y étaient rendues en diligence: c'étaient entre autres les soldats restés de l'armée de Magnence[233]. L'empereur, se défiant de la fidélité de ces troupes, les avait envoyées en Orient, où l'on ne craignait de guerre que de la part des étrangers. Mais ces légions, comme nous l'avons déja dit, ne ressemblaient que de nom aux anciennes; ce n'étaient, à proprement parler, que des cohortes. Il y avait encore vingt mille autres soldats, en comptant plusieurs escadrons de sagittaires[234], la plupart Barbares; bien armés et pleins de courage.

[232] En outre, selon Ammien Marcellin, il y avait encore un détachement de troupes nationales, indigenarum turma; et c'étaient de bonnes troupes, non contemnenda. L'historien arménien Faustus de Byzance, qui écrivait moins de trente ans après le siége d'Amid, parle toujours (Voyez t. 1, p. 433, note 1) de cette place comme d'une dépendance de l'Arménie; il la met dans la province d'Aghdsnik'h, et sous le commandement du Pétéaschkh, ou gouverneur militaire de l'Arménie méridionale. Moïse de Khoren a toujours soin de l'appeler notre ville. Il rapporte aussi (l. 3, c. 26) qu'Antiochus, prince de Siounie, beau-père du roi Arsace, en était gouverneur, quand elle fut assiégée par Sapor. Après la prise de la ville, tous les guerriers de la race des Siouniens, furent renvoyés libres par le roi.—S.-M.

[233] On leur donnait les noms de Magnentiaci et de Decentiaci, sans doute à cause de Magnence et de son frère Decentius. Les autres légions étaient la trentième, qui portait le nom d'Ulpia, la dixième, surnommée Fortensis, enfin les Superventores et les Præventores, dont il a déja été parlé l. VI, § 49, t. 1, p. 451. Ils étaient commandés par le comte Élien, qui avait si vaillamment défendu Singara contre les Perses.—S.-M.

[234] Il y en avait un grand nombre, aderat... quoque sagittariorum pars major. Ces archers à cheval portaient le nom de Comtes, parce qu'ils se composaient de Barbares de condition libre, distingués par leur courage et leur adresse. Comitum....... equestres videlicet turmæ ita cognominatæ, tibi merent omnes ingenui Barbari, armorum viriumque inter alios eminentes.—S.-M.

LX. Clémence de Sapor.

Amm. l. 18, c. 10.

Sapor, en partant de Bébase, avait pris sur la droite du côté d'Amid[235]. Ayant rencontré sur sa route deux châteaux nommés Reman et Busan, qui appartenaient aux Romains, il apprit par les transfuges, qu'on y avait retiré toutes les richesses du pays, et que la femme de Craugasius, citoyen de Nisibe, distingué par sa naissance et par son crédit, célèbre elle-même par sa beauté, s'y était retirée avec sa fille en bas âge et ce qu'elle avait de plus précieux. Sapor marche à ces châteaux: les habitants prennent aussitôt l'épouvante et donnent entrée aux Perses. On apporte aux pieds du roi tous les trésors; on amène devant lui les mères éplorées, serrant entre leurs bras et arrosant de leurs larmes leurs petits enfants. Le roi se fait montrer la femme de Craugasius, et lui ordonne d'approcher. Elle vient toute tremblante et ne s'attendant qu'aux derniers outrages, enveloppée d'un voile de deuil, dont son visage même était couvert. Sapor qui avait le cœur assez grand pour être maître de lui-même, sans vouloir alarmer la modestie de cette femme par une curiosité importune, ne s'occupe qu'à calmer sa douleur. Il la rassure, il lui fait espérer d'être bientôt rendue à son mari; il lui promet que son honneur ne souffrira aucune atteinte. Il savait que Craugasius l'aimait éperdûment; et il espérait acheter à ce prix la ville de Nisibe. Sapor voulut même en cette rencontre regagner les cœurs, en effaçant par sa clémence les horreurs de sa cruauté passée: il voulut bien garder de la brutalité du soldat des filles chrétiennes, qui avaient consacré à Dieu leur virginité, et défendit de les troubler dans le culte de leur religion.