[240] Les Chionites à l'orient; les Ségestans à l'occident; les Albaniens an midi, et les Vertes (Vertæ) au nord. J'ignore quel était ce dernier peuple. Pour les autres voyez la note suivante, et ci-devant, p. 177, note 1, et p. 285, note 1.—S.-M.

[241] Segestani. Ce sont les peuples du Sedjestan ou Sistan, grande province de la Perse orientale, limitrophe de l'Inde. Elle fut nommée par les anciens Sacastène.—S.-M.

[242] Moïse de Khoren rapporte (l. 3, c. 28), que Sapor employa, pour battre les murs de Tigranocerte, les prisonniers grecs, on plutôt romains, qui étaient en son pouvoir et qu'il leur promit la liberté en récompense des services qu'ils devaient lui rendre en cette occasion. Ils accomplirent les intentions du roi, et manœuvrèrent les machines qui contribuèrent à la prise de la ville.—S.-M.

[243] Les Romains appelaient Constance, le maître de l'univers, dominus rerum et mundi. Quant aux titres que les Perses donnaient à Sapor, c'étaient ceux de Saansaa et de Pyrosès, Saansaan appellantibus et Pyrosen, ce qui signifie, dit Ammien Marcellin, l. 19, c. 2, roi des rois et vainqueur dans les combats, quod rex regibus imperans et bellorum victor interpretatur. Ces deux explications sont fort exactes. Car le premier nom est Schahanschah, qui en Persan signifie encore roi des rois; pour l'autre c'est le mot Fyrouz, qui s'écrivait autrefois Pyrouz et qui signifie vainqueur. Moïse de Khoren, en parlant (l. 2, c. 61) des expéditions que le roi des Parthes Vagharsch, ou Vologèse III, entreprit contre les Romains, rapporte que ce prince prit le nom de Peroz, c'est-à-dire vainqueur, en mémoire des victoires qu'il avait gagnées.—S.-M.

LXIII. Lâcheté de Sabinianus.

Amm. l. 19, c. 3.

Pendant ces sanglants combats, Ursicin, qui s'était sauvé à Édesse, pressait Sabinianus de partir en diligence avec les troupes légères, et de marcher secrètement par le pied des montagnes, pour enlever quelque poste aux ennemis dont la circonvallation était très-étendue, ou pour faire diversion par des alarmes fréquentes. Sabinianus opposait à ces bons conseils les ordres de l'empereur, qui lui avait, disait-il, recommandé de ne pas exposer les troupes. Mais la vraie raison d'une inaction si honteuse, c'étaient d'autres ordres secrets qu'il avait reçus des eunuques, de fermer à son prédécesseur toutes les voies d'acquérir de la gloire, même en servant l'état. Ces lâches ennemis aimaient mieux voir périr les plus belles provinces, que de laisser à ce brave capitaine l'honneur de les sauver. Ursicin envoyait en vain à Amid des courriers qui n'y pénétraient qu'avec peine: toutes les mesures qu'il prenait pour secourir la ville, restaient sans exécution.

LXIV. Nouvelle attaque.

Amm. l. 19, c. 4 et 5.

L'infection des cadavres qui demeuraient sans sépulture, les excessives chaleurs, la confusion de tant d'habitants resserrés dans un espace étroit, et les maladies causées par les fatigues et les autres incommodités, causèrent la peste dans la ville. Elle n'y fit pas cependant beaucoup de ravage. Des pluies douces qui tombèrent la nuit d'après le dixième jour, rendirent l'air plus pur et ramenèrent la santé. La fureur de l'ennemi était beaucoup plus opiniâtre: il dressait des mantelets, il élevait des terrasses, il construisait des tours dont la face était couverte de lames de fer; les balistes placées sur ces tours nettoyaient les murs, tandis que les frondeurs et les archers ne cessaient de lancer d'en bas une grêle de traits et de pierres. Au midi de la ville, du côté du Tigre, s'élevait une haute tour, avancée sur l'angle de la muraille, et posée sur des roches escarpées. Un escalier souterrain pratiqué dans le roc, ainsi qu'il était d'usage dans toutes les places situées près du Tigre et de l'Euphrate, conduisait jusqu'au bord du fleuve, pour y aller puiser de l'eau à l'abri de l'ennemi. Comme cette tour n'était point gardée, parce qu'on la croyait assez défendue par sa situation, soixante et dix sagittaires de l'armée des Perses[244], des plus hardis et des plus adroits, guidés par un déserteur, se glissent pendant la nuit dans le souterrain, et étant montés jusqu'au troisième étage, ils y attendent le jour. Alors ayant élevé en l'air une casaque rouge, comme ils en étaient convenus, tandis que toute l'armée s'approche des murs et les attaque plus vivement que jamais, ils ne cessent de lancer leurs traits dans la ville, et tous leurs coups sont meurtriers. En même temps les Perses montent à l'escalade, et gagnent déja le haut des murs. Dans ce double péril, les assiégés partagent la défense: ils pointent contre la tour cinq balistes, d'où partent de gros javelots, qui traversent souvent deux ennemis à la fois: les uns tombent percés de coups, les autres d'effroi se précipitent du haut de la tour et se brisent sur les rochers; on se bat sur la muraille, on renverse les assiégeants et les échelles; les Perses couverts de blessures, après une grande perte, sont forcés de regagner leurs tentes. On se reposa de part et d'autre le reste du jour et la nuit suivante.