[244] De la troupe royale, ex agmine regio, dit Ammien Marcellin.—S.-M.

LXV. Bravoure des soldats Gaulois.

Amm. l. 19, c. 5 et 6.

Le lendemain matin on aperçut du haut des murs un nombre infini de prisonniers qu'on traînait au camp des Perses. Les partis ennemis avaient depuis quelques jours pris et brûlé plusieurs châteaux; entre autres celui de Ziata[245], très-considérable par sa force et par son étendue, dont les fortifications embrassaient douze cent cinquante pas de circuit[246]. Ils emmenaient beaucoup d'habitants; et comme il se trouvait parmi eux grand nombre de vieillards et de femmes qui ne pouvaient suivre, ces Barbares les abandonnaient dans le chemin après leur avoir coupé les jarrets. Ce spectacle tirait des larmes aux habitants. Personne n'y fut plus sensible que les soldats de la Gaule. Ces guerriers braves et alertes, fort propres à se battre en plaine, mais peu entendus dans les travaux d'un siége, gémissaient de ne trouver aucune occasion de signaler leur courage. S'ennuyant de cette inaction, ils sortaient étourdiment pour faire un coup de main, et revenaient toujours avec perte; enfin retenus par force, ils frémissaient d'impatience. Leur ardeur s'enflamma à la vue de ces malheureux prisonniers. Ils demandent à grands cris qu'on leur ouvre les portes; ils menacent même leurs officiers de les égorger, s'ils les tiennent plus long-temps dans cette contrainte; et tels que des bêtes féroces qui s'élancent avec fureur contre leurs barrières, ils hachent les portes à coups de sabre. On eut peine à gagner sur eux qu'ils attendissent la nuit pour aller, avec moins de péril, attaquer les postes les plus proches. Dès qu'elle fut venue, les Gaulois, armés de leurs haches et de leurs épées, sortent par une poterne, et s'approchent sans bruit de la première garde: ils lui marchent sur le ventre, massacrent la seconde garde qu'ils trouvent endormie, et vont droit au camp dans le dessein de pénétrer, s'ils peuvent, jusqu'à la tente de Sapor, et de le tuer au milieu de cent mille hommes. Les cris des premiers qu'ils égorgent donnent l'alarme à tout le reste. En un moment ils ont sur les bras des bataillons entiers: ils font ferme d'abord avec une audace incroyable, et reçoivent à grands coups d'épée ceux qui osent les approcher. Mais bientôt accablés de traits, et trop faibles pour tenir tête à des flots de cavaliers et de fantassins qui grossissent sans cesse et qui viennent fondre sur eux, ils reculent, mais à petit pas et sans tourner le dos. On sonne la retraite dans la ville, dont on ouvre les portes pour les recevoir; on fait jouer les machines, mais sans les charger, pour faire peur aux ennemis et ne pas risquer de tuer ces braves gens. Après avoir perdu quatre cents des leurs, ils rentrent avant le jour, presque tous blessés, quelques-uns mortellement. Constance, pour conserver la mémoire d'une action si hardie, fit dresser dans la place publique d'Édesse les statues de leurs capitaines[247] revêtus de leurs armes. Le jour étant venu, découvrit aux Perses la perte qu'ils avaient faite. Il se trouva entre les morts plusieurs satrapes et quelques-uns des principaux seigneurs. Tout le camp retentissait de cris. Les attaques furent suspendues pendant trois jours, dont les assiégés profitèrent pour se remettre de leurs fatigues.

[245] Ce château, dont la position est inconnue, pourrait être une ville forte de la Sophène, nommée par les Arméniens Kharpert, et appelée par les Syriens et les Arabes Hisn-Ziad, c'est-à-dire, le château de Ziad. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 95 et 96.—S.-M.

[246] On plutôt dix stades (spatio decem stadiorum ambitur), dit Ammien Marcellin, l. 19, c. 6. Comme nous ignorons de quels stades il s'agit, nous ignorons aussi quelle pouvait être au juste l'étendue de cette place.—S.-M.

[247] Horum campiductoribus..... armatas statuas apud Edessam..... locari jusserat imperator, dit Ammien Marcellin, l. 19, c. 6.—S.-M.

LXVI. Vigoureuse résistance.

Amm. l. 19, c. 7.

Cette attaque inopinée irrita les Barbares: ils résolurent de périr devant Amid, plutôt que de laisser subsister une ville qui leur coûtait déja le plus pur sang de la Perse. Les assauts ayant été inutiles, ils mirent toute leur confiance dans les machines. Ils se hâtent d'en construire de toute espèce: ils multiplient les tours revêtues de fer et chargées de balistes. Au point du jour, couverts de toutes leurs armes défensives, bien serrés et en bon ordre, ils avancent à petits pas. Mais, dès qu'ils furent à la portée des machines, toutes leurs défenses deviennent inutiles contre les javelots, dont presque aucun ne manquait son coup. L'infanterie est obligée d'éclaircir ses rangs, et la cavalerie de reculer. Cependant les balistes des assiégeants qui tiraient du haut des tours plus élevées que les murailles, faisaient dans la ville une terrible exécution; et la nuit étant venue, les habitants songèrent aux moyens de s'en garantir. On transporta en diligence et l'on mit en batterie vis-à-vis de ces tours quatre machines nommées scorpions, propres à lancer de grosses pierres. Au matin, les Perses avancent avec les éléphants, dont les cris mêlés à ceux des soldats formaient un effrayant concert. Les traits qui s'élèvent de la plaine ou qui tombent des tours abattent ou blessent tous ceux qui paraissent sur la muraille. Mais bientôt les masses énormes de pierres lancées des quatre machines brisent les tours, démontent et mettent en pièces les balistes, écrasent ou précipitent les tireurs. On fait pleuvoir sur les éléphants des flèches enflammées. Ces animaux effarouchés retournent sur les Perses, et les foulent aux pieds sans que leurs guides puissent les retenir. On met le feu à tous les ouvrages des assiégeants. Jamais les rois de Perse ne s'exposaient dans les combats: mais Sapor, désespéré de tous ces désastres, accourt en personne au milieu des combattants; on tire de toutes parts sur lui et sur sa garde; il voit tomber à ses côtés un grand nombre de ses officiers; mais toujours intrépide, bravant mille fois la mort, il ne se retire qu'à la fin du jour, et pour donner quelque relâche à ses troupes fatiguées de tant d'attaques.