[275] Qui relictis laribus Transrhenanis, sub hoc venerant pacto, ne ducerentur ad partes unquam Transalpinas. Amm. Marc. l. 20, c. 4.—S.-M.

[276] C'était lui, dit Ammien Marcellin, qui avait le premier conseillé à Constance de retirer de la Gaule les troupes qui l'avaient défendue et qui étaient redoutées des Barbares.—S.-M.

VI. Murmures des soldats et des habitants.

Pendant ces délais une main inconnue fit courir dans le quartier des deux légions gauloises un libelle rempli d'invectives contre Constance[277], et de plaintes sur le déplorable sort des soldats, qu'on exilait, disait-on, comme des criminels, aux extrémités de la terre: Nous allons donc abandonner à une nouvelle captivité nos enfants et nos femmes, que nous avons rachetés au prix de tant de sang. Ce libelle séditieux effraya les officiers attachés à l'empereur: les principaux étaient Nébridius, Pentadius, Décentius. Ils pressèrent plus vivement Julien de faire partir les troupes, pour ne pas donner à ces murmures le temps de s'accroître et d'éclater par une révolte. Julien persistait dans la résolution d'attendre Florentius et Lupicinus. On lui représenta que c'était le moyen de fortifier les soupçons de l'empereur; que s'il attendait ces deux officiers, Constance leur attribuerait tout le mérite de l'obéissance. Il se rendit à ces instances. Il n'était plus question que de la route qu'on ferait tenir aux soldats. Julien n'était pas d'avis[278] qu'on les fît passer par la ville de Paris[279], où il était alors: on devait craindre que la vue d'un prince qu'ils chérissaient et dont on les forçait de s'éloigner, n'échauffât leurs esprits. Décentius prétendait au contraire que Julien seul était capable de les calmer et de les porter à la soumission. Julien céda encore sur ce point important, dont il paraît cependant qu'il était le maître. On envoya donc aux divers corps de troupes l'ordre de se rassembler à Paris. Au premier mouvement qu'elles firent, toute la Gaule s'ébranla: l'air retentissait de cris confus; c'était une désolation générale. On croyait déja voir les Barbares rentrer dans la province, et y rapporter tous les désastres, dont elle venait d'être délivrée. Les femmes des soldats éperdues et éplorées, leur présentant leurs enfants à la mamelle, les conjuraient à grands cris de ne les pas abandonner: les chemins étaient bordés d'une multitude de tout âge et de tout sexe, qui les suppliait de rester, et de conserver le fruit de leurs travaux. Au milieu de ces gémissements et de ces larmes, les soldats à la fois attendris et pleins d'une indignation secrète arrivèrent à Paris.

[277] On le trouva auprès des enseignes des Pétulants: Hocque comperto, dit Ammien Marcellin, apud Petulantium signa famosum quidam libellum humi projecit occultè, l. 20, c. 4. C'étaient, dit Zosime, l. 3, c. 9, des lettres anonymes, ἀνώνυμα γραμμάτια. Julien dit quelque chose d'à peu près semblable (ad Athen. p. 283), γράφει τις ανώνυμον.—S.-M.

[278] Julien l'assure dans sa lettre aux Athéniens (p. 284).—S.-M.

[279] Per Parisios. Zosime, l. 3, c. 9, appelle Paris une petite ville de Germanie, Γερμανίας πολίχνη.—S.-M.

VII. Julien reçoit les troupes, à Paris.

A leur approche, Julien alla au-devant d'eux. C'était un honneur que les empereurs mêmes avaient coutume de faire aux légions, quand elles se rendaient auprès de leur personne. Il les reçut dans une plaine aux portes de la ville[280]. Là, étant monté sur un tribunal, il donna des éloges à ceux qu'il connaissait; il leur rappela les belles actions qu'il leur avait vu faire: Ce n'est pas à nous, leur disait-il, à délibérer sur l'obéissance que nous devons aux ordres de l'empereur: vous allez combattre sous ses yeux; c'est là que vos services trouveront des récompenses proportionnées à votre valeur et au pouvoir du souverain: préparez-vous à ce voyage, qui vous conduit à la gloire. Les soldats l'écoutèrent en silence, et sans donner aucune des marques ordinaires de leur approbation. Il traita magnifiquement les officiers, et les combla de présents. Ils se retirèrent sous leurs tentes, sensiblement affligés de quitter leur patrie et un chef si bienfaisant. Ils séjournèrent le lendemain, comme pour se disposer à partir; mais ils passèrent le jour à concerter ensemble tant officiers que soldats. Julien, s'il en faut croire ses protestations et ses serments, n'avait aucune connaissance de leur dessein.

[280] Dans les fauxbourgs selon Ammien Marcellin, l. 20, c. 4. Iisdemque adventantibus, in suburbanis princeps occurrit.—S.-M.