Cellar. Geog. l. 2, c. 4, art. 23.
Lupicinus n'était pas alors en Gaule; Julien l'avait fait passer avec quelques troupes dans la Grande-Bretagne[273], pour arrêter les incursions des Scots et des Pictes, qui, s'étant tenus tranquilles pendant dix-sept ans depuis l'expédition de Constant, recommençaient leurs ravages. Lupicinus partit de Boulogne [Bononia] au milieu de l'hiver[274], aborda à Rutupias, aujourd'hui le port de Richborow, et se rendit à Londres [Lundinium]. Ce général savait la guerre; mais c'était un homme hautain, fanfaron, aussi avare que cruel.
[273] Julien n'osait passer la mer en personne, parce qu'il craignait de laisser la Gaule exposée sans défenseur, aux attaques des Allemans, qui la menaçaient toujours. Verebatur ire subsidio transmarinis, dit Ammien Marcellin, l. 20, c. 1, ne rectore vacuas relinqueret Gallias, Alamannis ad sævitiam etiamtum incitatis et bella.—S.-M.
[274] Lupicinus avait avec lui des troupes légères, Hérules et Bataves, et deux légions ou plutôt deux bataillons de la Mœsie (les légions n'étaient alors fortes que de mille à douze cents hommes). Moto velitari auxilio, Ærulis scilicet et Batavis, numerisque Mœsiacorum duobus. Amm. Marc. l. 20, c. 1.)—S.-M.
V. Julien se dispose à obéir.
Amm. l. 20, c. 4.
Jul. ad Ath. p. 282, et seq.
Liban. or. 8, t. 2, p. 240. et or. 10. p. 283, 284 et 285.
Zos. l. 3, c. 8 et 9.
Décentius en l'absence de Lupicinus se mit en devoir d'exécuter les ordres de Constance. Sintula qui ne cherchait qu'à signaler son zèle pour avancer sa fortune, s'acquitta d'abord de sa commission à la rigueur. Après avoir choisi l'élite des troupes qui gardaient la personne de Julien, il se mit en marche à leur tête. Il s'agissait de faire partir le reste, dispersé en différents quartiers d'hiver. On était alors à la fin du mois de mars. Julien, après avoir protesté qu'il était parfaitement soumis aux volontés de l'empereur, représenta seulement qu'on ne pouvait sans injustice, ni même sans péril entreprendre de faire partir les Hérules et les Bataves, qui ne s'étaient donnés à lui qu'à condition qu'on ne leur ferait jamais passer les Alpes[275]: il ajouta qu'en leur manquant de parole, on se privait à jamais du secours des étrangers, qui ne viendraient plus offrir leurs services. Ses raisons n'étant pas écoutées, il se trouvait dans un grand embarras: s'il obéissait, il dégarnissait la province qui restait presque sans défense exposée aux insultes des Barbares; s'il refusait d'obéir, il s'attirait l'indignation de l'empereur. C'était là le moment critique, qui devait amener la révolution. On ne voit pas que Julien ait fait à l'empereur aucune remontrance, ni qu'il ait pris aucune mesure pour disposer les esprits à obéir. Du moins il ne mit en œuvre que de faibles expédients, qui ne pouvaient produire d'autre effet que de le garantir de toute imputation. Il envoya ordre à Lupicinus de revenir; il invita Florentius à se rendre auprès de lui pour l'aider de ses conseils. Celui-ci était le premier auteur de tous ces troubles; et pour se mettre à couvert des suites, il s'était retiré à Vienne sous prétexte d'y amasser des vivres[276]. Il refusa constamment de quitter cette ville. En vain le César lui écrivit des lettres pressantes; en vain il protesta que si Florentius s'obstinait dans son refus, il allait renoncer à la qualité de César: qu'il aimait mieux s'abandonner à la merci de ses ennemis, que d'encourir le reproche d'avoir laissé perdre une si belle province. Dans le manifeste qu'il adressa quelque temps après aux Athéniens, il prend les Dieux à témoins qu'il pensait en effet sérieusement alors à se dépouiller de sa dignité et à s'éloigner entièrement des affaires.