[315] Voyez ci-devant, p. 242, l. X, § 23.—S.-M.

[316] Ammien Marcellin ajoute qu'il passa ensuite par la Lacotène; c'est un canton de la petite Arménie entre Mélitène et Samosate.—S.-M.

[317] Qui ærarium tuebatur.—S.-M.

XXIV. Siége de Bézabde.

Amm. l. 20, c. II.

L'empereur arrivé près de Bézabde, entoura son camp d'une palissade et d'un fossé profond. Il trouva les brèches réparées et la place en état de défense. Il fit d'abord proposer à la garnison le choix d'être renvoyée en Perse, ou de prendre parti dans ses troupes. Comme elle était composée de noblesse qui se piquait de valeur, ces conditions furent rejetées avec mépris. Les Romains, partagés en différents corps, investirent la place, et s'avancèrent à petits pas. Mais les pierres dont les assiégés les accablaient, brisèrent leurs boucliers, rompirent leur ordonnance, et les obligèrent à s'éloigner. Après un jour de repos, ils se rapprochent avec précaution et tentent un assaut général. Les assiégés ayant tendu sur les murailles de grands rideaux de poil de chèvre qui les dérobaient à la vue de l'ennemi, ne se montraient que pour lancer des pierres et des javelots. Ils jettaient sur les mantelets établis au pied du mur des tonneaux remplis de cailloux, des meules de moulin, des fragments de colonnes, qui écrasaient de leur poids et les machines et les soldats. D'autre part, les assiégeants abattaient à coups de traits, à coups de fronde tous ceux qui se présentaient à la défense des remparts: ils travaillaient sans cesse à élever leurs terrasses; le siége devenait de jour en jour plus meurtrier. L'ardeur des soldats romains multipliait leurs pertes. Pour se faire remarquer de l'empereur, dont ils espéraient récompense, ils quittaient leurs casques et s'exposaient la tête nue aux coups des ennemis. Ce qui alarmait le plus les assiégés, c'était un bélier d'une énorme grosseur. Les Perses s'en étaient servis plus de cent ans auparavant pour battre les murailles d'Antioche, lorsqu'ils s'en étaient rendus maîtres du temps de Valérien: à leur retour ils l'avaient laissé dans la ville de Carrhes. Constance, l'ayant fait démonter pour en faciliter le transport, le remit en batterie au pied d'une tour. Chaque coup qu'il portait, ébranlait la tour jusqu'aux fondements, et glaçait d'effroi les habitants. On s'efforçait d'y mettre le feu; on lançait pour cet effet des traits enflammés; mais les Romains ayant eu la précaution d'enduire d'alun, ou d'envelopper de peaux et de haillons imbibés d'eau le bois de leurs batteries, le feu n'y trouvait aucune prise. Les Perses, ne pouvant détruire cette terrible machine, réussirent à la rendre inutile. Dans le moment que le bélier venait frapper la tour, ils en saisirent la tête avec de longs cordages, et le tinrent si fortement assujetti, qu'il était impossible de le retirer en arrière et de le mettre en branle. En même temps ils versaient dessus à grands flots le bitume et la poix ardente.

XXV. Vigoureuse résistance.

Déja les terrasses s'élevaient à la hauteur des murs. Les assiégés voyant leur perte assurée, s'ils ne redoublaient leurs efforts, font une furieuse sortie: ils chargent avec vigueur les premiers bataillons, et lancent sur les machines des torches et des matières enflammées. Après un combat opiniâtre, on les repousse dans la place. Les flèches et les pierres volent sans cesse des terrasses sur les murs: on s'empresse d'une part à mettre le feu aux tours, de l'autre à l'éteindre. Les Perses et les Romains également désespérés de leurs pertes, sortent en grand nombre les uns de la ville, les autres de leur camp: ceux-là, armés de fer et de feu réduisent en cendres toutes les machines. On ne put sauver que le gros bélier à demi brûlé: une troupe de braves soldats vint à bout de le dégager en rompant par des secousses redoublées les cordages qui le tenaient attaché à la muraille. Les deux partis enveloppés de flamme et de fumée se battaient en aveugles et confondaient leurs coups; la nuit les sépara. Les Romains après quelques moments de repos reculèrent leur camp, pour n'être plus exposés à des attaques si précipitées. Leurs terrasses étaient achevées, et surmontaient les murs. Ils y établirent deux balistes, en état de foudroyer la ville. Avant le point du jour, s'étant partagés en trois corps, ils s'avancent au son des trompettes, portant des échelles et tous les instruments alors en usage pour saper et démolir les murs. On fait en même temps de part et d'autre des décharges de flèches. Mais ce qui incommodait le plus les assiégés, c'étaient les deux balistes placées sur la terrasse. Résolus de périr ou de détruire ces machines meurtrières, ils ne laissent dans la place que le nombre nécessaire pour la défense; les autres sortent secrètement par une poterne éloignée de la vue de l'ennemi, et fondent tout à coup les armes à la main, suivis d'une seconde troupe qui portait des torches allumées. Ceux-ci pendant l'ardeur du combat se coulent derrière leurs camarades et vont appliquer le feu à la terrasse, construite en grande partie de branches d'arbres, de joncs et de roseaux. La flamme s'élève, la terrasse n'est bientôt qu'un grand bûcher: les soldats romains l'abandonnent, et sauvent avec peine leurs balistes.

XXVI. Constance lève le siége.

Amm. l. 20, c. 11.