Chron. Alex. vel Pasch. p. 293.

Ducange in Const. Christ. l. 3, c. 2.

Dès que Constance avait appris les premiers mouvements de Sapor, il avait levé des recrues et assemblé ses troupes; il demanda même du secours aux Goths, en leur offrant une grosse solde[313]. Maximien Galérius avait déja employé contre les Perses les troupes de cette nation. Avant que de sortir de Constantinople, l'empereur célébra, le 15 de février, la dédicace de la grande église, qu'il avait fait bâtir auprès de celle de la Paix: il les renferma toutes deux dans la même enceinte, et n'en fit qu'une seule église, consacrée à la sagesse divine sous le nom de Sainte-Sophie. Elle fut depuis rebâtie par Justinien avec magnificence. L'Arien Eudoxe nouvellement élevé sur le siége de Constantinople, qui présidait à cette solennité, la déshonora par les impiétés qu'il eut la hardiesse de débiter devant le peuple dans la chaire de vérité; et l'empereur se rendit plus coupable en tolérant ces blasphèmes, qu'il n'eut de mérite à enrichir cette église d'ornements précieux, et à répandre à cette occasion des libéralités sur le clergé, sur les vierges, sur les veuves consacrées à Dieu, et sur les hôpitaux.

[313] Auxilia Scytharum poscebat mercede vel gratiâ, dit Ammien Marcellin, l. 20, c. 8. Beaucoup d'auteurs donnaient encore, à cette époque, le nom de Scythes aux Goths.—S.-M.

XXIII. Constance en Mésopotamie.

Amm. l. 20, c. 11.

Ath. ad monach. t. 1, p. 385.

Cod. Th. l. 11, tit. 1, leg. 1.

Il prit ensuite sa route par la Cappadoce, où les députés de Julien vinrent le trouver à Césarée, comme nous l'avons raconté. Il y fit venir Arsace, roi d'Arménie. L'empereur informé que les Perses s'efforçaient par toutes sortes d'artifices, et même de menaces, de détacher ce prince de l'alliance des Romains, lui rendit de grands honneurs; pour l'attacher par des nœuds plus étroits [à l'empire, il lui avait fait] épouser Olympias, fille d'Ablabius, autrefois fiancée à Constant, et qui avait porté en mariage à Arsace de grands domaines, qu'elle possédait dans l'empire[314]. Ce mariage fut assez généralement désapprouvé[315]. On pensait que Constance avait manqué à la mémoire de son frère; on le blâmait d'avoir livré entre les mains d'un prince barbare, une épouse que Constant s'était destinée. Arsace, après avoir plusieurs fois protesté avec serment qu'il perdrait la vie plutôt que de renoncer à l'alliance des Romains, retourna dans ses états, comblé de présents pour lui et pour toute sa suite. Constance continua sa route par Mélitène, ville de la petite Arménie[316]. Ayant passé l'Euphrate à Samosate, il vint à Édesse: il y resta long-temps pour attendre les divers corps de troupes qui s'y rendaient, et les provisions de vivres dont il faisait de grands amas. Il n'en partit qu'après l'équinoxe d'automne, et il prit le chemin d'Amid. A la vue de cette ville malheureuse, qui n'était plus qu'un monceau de pierres et de cendres, il ne put retenir ses larmes. Le trésorier de l'épargne[317], nommé Ursule, qui se trouvait à ses côtés, attendri d'un si triste spectacle, s'écria: Voilà donc avec quel courage nos soldats défendent nos villes, tandis que l'empire s'épuise pour payer leurs services. Cette parole piqua vivement les soldats: elle fut dans la suite, sinon la vraie cause, du moins le prétexte du massacre d'Ursule.

[314] Lebeau s'était trompé en plaçant à cette époque le mariage du roi d'Arménie avec Olympias. J'ai dû faire disparaître cette erreur. Ammien parle, il est vrai, de ce mariage sous cette année, mais il ne dit pas qu'il fut conclu alors. J'ai déja fait voir p. 242, liv. X, § 23, que les reproches adressés à Constance par S. Athanase, en l'an 358, reportent nécessairement cette alliance à une époque antérieure. Tout ce qu'on doit conclure du passage d'Ammien Marcellin, c'est qu'Olympias vivait encore lorsque le roi d'Arménie vint visiter Constance. Cette erreur avait déja été commise par Tillemont (Hist. des Emp., t. 4. Constantin, art. 60); mais si Lebeau avait lu avec plus d'attention un autre endroit du même auteur (t. V, Valens, art. 12 et not. 12.), il y aurait vu un changement d'opinion qui portait le mariage d'Arsace en 350. C'est peut-être trop tôt. Quoi qu'il en soit, il est facile de voir que les expressions employées par Ammien Marcellin indiquent qu'il regardait la chose comme passée. Nihil ausus temerare posteà promissorum, obligatus gratiarum multiplici nexu Constantio: inter quas illud potiùs excellebat, quòd Olympiada Ablabii filiam præfecti quondam prætorio, ei copulaverat conjugem, sponsam fratris sui Constantis. Gibbon, t. IV, p. 476 a commis une plus grande erreur encore, en rapportant qu'Olympias avait épousé le roi Diran, qu'il appelle Arsace Tiranus, père du roi Arsace, et mort depuis long-temps à l'époque dont il s'agit. C'est là une des nombreuses fautes qui ont été commises par Gibbon en voulant combiner l'histoire d'Arménie avec celle des Empereurs.—S.-M.