Philost. l. 3, c. 22.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Pasch. p. 191 et 192.
Zon. l. 13, t. 2, p. 15 et 16.
Theoph. p. 37.
Vétranion marchait pour fermer le pas de Sucques. Prévenu par la diligence de l'empereur, et ne se croyant pas en état de lui tenir tête, il prit le parti de conclure avec lui un traité. Il consentit même à réunir les deux armées, et à tenir un conseil de guerre en présence des officiers et des soldats, pour délibérer sur les mesures à prendre contre l'ennemi commun. Cependant Constance travaille sourdement à débaucher les soldats de Vétranion; et il vient à bout d'en gagner une grande partie. On se rend dans la plaine de Naïsse le 25 décembre: on dresse un tribunal élevé, sur lequel s'asseyent les deux empereurs, sans armes et sans gardes. Les deux armées formaient un cercle à l'entour; chaque corps était rangé en bon ordre sous ses enseignes, et cette assemblée militaire faisait un spectacle tout à la fois magnifique et terrible. Constance se leva, et prit la parole le premier en considération de sa naissance. Son discours fut tout autre que celui qu'attendait Vétranion. Il commença à la vérité par exhorter les soldats à venger sur Magnence la mort cruelle de leur empereur, qu'ils avaient si glorieusement servi contre les Barbares, et qui avait tant de fois récompensé leur valeur. Mais bientôt tournant toute sa véhémence contre celui qui était assis à côté de lui, et qui se regardait comme son collègue: «Souvenez-vous, soldats, s'écria-t-il, des bienfaits de mon père; souvenez-vous des serments que vous avez faits de ne souffrir le diadème que sur la tête des enfants de Constantin. Qui de vous osera comparer le fils et le petit-fils de vos empereurs à des hommes nés pour obéir? Laisserez-vous déchirer l'empire; et n'avez-vous pas appris par les troubles qui environnèrent votre berceau, que l'état ne peut être tranquille, que quand il ne reconnaît qu'un seul maître?» A ces mots les deux armées, comme de concert, proclament Constance seul Auguste, seul empereur: elles s'écrient qu'il faut se défaire de tous ces souverains illégitimes, qui déshonorent le diadème. On menace Vétranion. Les soldats étaient prêts à fondre sur lui: mais ce fantôme d'empereur, se voyant trahi, se jette aux pieds de Constance, qui arrête la fougue des soldats: il descend du tribunal; il se dépouille lui-même de la pourpre et du diadème, qu'il remet entre les mains de Constance. Les orateurs de ce temps-là parlent avec emphase du succès merveilleux de cette éloquence, qui produisant l'effet d'une grande victoire sans verser de sang, conquit au prince toute l'Illyrie, et fit passer sous ses drapeaux une nombreuse infanterie, vingt mille chevaux, et les troupes auxiliaires de plusieurs nations belliqueuses. Mais nous savons que l'argent de Constance partage au moins avec son éloquence la gloire de l'événement, et que Gumoarius, capitaine des gardes de Vétranion, avait d'avance ménagé cette révolution.
XXIII. Conduite de Constance à l'égard de Vétranion.
Constance ayant embrassé Vétranion, qui tremblait d'effroi, encore plus que de vieillesse, le prit par la main pour le garantir des insultes de la soldatesque; et l'ayant conduit dans sa tente, il le fit manger avec lui. Comme il était en humeur de discourir, il l'entretint des embarras de la puissance souveraine, surtout dans un âge avancé, et de la douceur du repos d'une vie privée: qu'il ne perdait qu'un nom frivole, qui n'avait de réel que les chagrins; et qu'il allait jouir d'un bonheur solide, et sans mélange d'inquiétude. Cette morale, assez déplacée dans la bouche de Constance, aurait déplu à tout autre; elle se trouva au goût de ce vieillard simple, à qui il ne restait que l'étonnement de s'être vu empereur pendant dix mois. Constance l'envoya à Pruse en Bithynie; il lui donna un train magnifique, et des revenus considérables. Vétranion, en passant par Constantinople, y parut avec splendeur: captif heureux, il semblait triompher de sa défaite. Il vécut à Pruse pendant six années; et Constance eut à se féliciter du succès de ses leçons. Le vieillard s'accommoda si bien de cette tranquille opulence, qu'il fit écrire souvent à l'empereur pour le remercier de l'avoir affranchi de cette sorte d'esclavage qu'on appelle souveraineté: Vous avez tort, lui mandait-il, de ne pas prendre votre part de ce bonheur que vous savez procurer aux autres. On rapporte qu'il assistait fréquemment aux assemblées des fidèles, qu'il répandait d'abondantes aumônes, et qu'il conserva jusqu'à la mort un profond respect pour les personnes consacrées au culte des autels.
An 351.
XXIV. Constance jette les yeux sur Gallus pour le faire César.