Eutr. l. 10.

Zon. l. 13, t. 2, p. 16.

[Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 123.]

Tandis que Constance élevait Gallus au rang de César, et qu'il le chargeait de la défense de l'Orient, Magnence qui était à Milan donnait le même titre à son frère Décentius[9], et l'envoyait dans la Gaule infestée par les courses des barbares. Si l'on en croit Libanius et Zosime, qui ne sont pas moins suspects dans le mal qu'ils disent de Constance, que dans les louanges excessives qu'ils prodiguent à Julien, c'était l'empereur lui-même qui les avait attirés. Sacrifiant cette belle province à sa colère contre Magnence, il les avait engagés par de grandes sommes d'argent à passer le Rhin, et leur avait abandonné par des lettres expresses la propriété des conquêtes qu'ils y pourraient faire. Ce qu'il y a de certain, c'est que diverses bandes de Francs, de Saxons, d'Allemans se répandirent dans la Gaule, et qu'ils y firent de grands ravages. Il ne paraît pas qu'ils aient trouvé beaucoup d'opposition de la part de Décentius, dont la bravoure n'est connue que par le titre de très-vaillant qu'on lit sur ses monnaies. Mais l'histoire, qui ne s'accorde pas toujours avec ces monuments de flatterie, nous apprend seulement que le César fut défait en bataille rangée par Chnodomaire, roi des Allemans; que le vainqueur pilla et ruina plusieurs villes considérables, et qu'il courut la Gaule sans trouver de résistance, jusqu'à ce qu'il eût rencontré dans Julien un ennemi plus formidable.

[9] Il était seulement son parent, selon Zosime.—S.-M.

XXXI. Magnence se met en marche.

Jul. or. 1, p. 34, 35 et 36, et or. 2, p. 57 et 97.

Socr. l. 2, c. 28 et 29.

Zos. l. 2, c. 45.

Dans le même temps que ces barbares occupaient Décentius, d'autres bandes des mêmes nations, attirées par la solde et par l'espoir du butin, grossissaient l'armée de Magnence. Celui-ci traînait à sa suite les principales forces de l'Occident, et se croyait en état d'envahir tout l'empire, et de porter la terreur jusque chez les Perses. Plein d'ardeur et de confiance, il en avait autant inspiré à ses troupes, en leur promettant le pillage de tous les pays dont il allait faire la conquête. Il traverse les Alpes Juliennes, tandis que l'empereur, au lieu de se mettre à la tête de son armée, s'arrêtait à Sirmium, et s'occupait d'un concile. Les généraux de Constance marchèrent au-devant de l'ennemi, et l'attendirent d'abord au pied des Alpes. Ensuite se voyant supérieurs en cavalerie, ils feignirent de prendre l'épouvante et reculèrent en arrière, pour l'attirer dans les plaines de la Pannonie. Magnence, trompé par cette feinte, se mit à les poursuivre, et s'exposa mal à propos dans un pays découvert. Mais dans cette marche, il usa à son tour d'un stratagème dont il tira quelque avantage. Il fit dire aux généraux ennemis que, s'ils voulaient l'attendre dans les plaines de Siscia, ce serait un beau champ de bataille pour terminer leur querelle. Constance, averti de cette bravade, accepta le défi avec joie: le lieu ne pouvait être plus propre à sa cavalerie. Il ordonna de marcher vers Siscia. Pour y arriver, il fallait traverser le vallon d'Adranes, au-dessus duquel Magnence avait posté une embuscade. Les troupes de Constance, qui marchaient sans ordre comme sans défiance, s'y étant engagées, se virent bientôt accablées de gros quartiers de rochers, qu'on roulait sur eux, et qui en écrasèrent une partie; les autres furent obligés de retourner sur leurs pas, et de regagner la plaine.