Socr. l. 3, c. 18.

[Soz. l. 5, c. 19.]

Vulcat. Gallic. in Avidio. c. 5.

Étant arrivé à Antioche, où il devait fixer sa résidence, il commença par donner des preuves de son attachement au christianisme. A cinq milles de cette ville était le bourg célèbre de Daphné, séjour de plaisir et de délices. Il était environné d'un bois de lauriers, et d'autres arbres agréables, dont Pompée avait autrefois augmenté l'étendue jusqu'à dix mille pas de circuit. La terre était émaillée des fleurs les plus odoriférantes, selon la diversité des saisons. L'épaisseur des feuillages, mille ruisseaux d'une eau aussi pure que le cristal, et les vents frais et chargés du parfum des fleurs, y conservaient le printemps au milieu des plus grandes chaleurs de l'été. Ce n'était plus sur les bords du Pénée que Daphné avait été changée en laurier: l'imagination des habitants d'Antioche avait transféré sur leur territoire la scène des amours d'Apollon et de la nymphe; et cette fable voluptueuse, d'accord avec les charmes de ce lieu, inspirait une dangereuse mollesse. L'air de ce séjour enchanté portait dans les veines le feu séducteur des passions les plus capables de surprendre la vertu même. Aussi nulle personne vertueuse n'osait se permettre l'entrée de ce bois: c'était le rendez-vous d'une jeunesse lascive, qui se faisait un jeu de donner et de recevoir les impressions de la volupté. C'eût été se faire regarder comme un homme étrange et sauvage, que d'y paraître sans la compagnie d'une femme. Cette vie licencieuse était passée en proverbe. Sous Marc-Aurèle il fut défendu aux soldats d'y mettre le pied, sur peine d'être honteusement chassés du service. Mais la contagion de la débauche, plus forte que toute l'austérité de la discipline romaine, ayant corrompu les soldats d'une légion qui gardait ce poste, l'empereur Alexandre Sévère fit mourir plusieurs de leurs officiers pour n'avoir pas prévenu ce désordre. La superstition y consacrait le déréglement: elle avait honoré ce lieu du droit d'asyle. Dans un temple magnifique bâti par Séleucus Nicator, ou, selon Ammien Marcellin, par Antiochus Épiphanes, on adorait une fameuse statue d'Apollon. C'était un des plus célèbres oracles. Là coulait aussi une fontaine qui portait le nom de Castalie, parce qu'on attribuait à ses eaux, comme à celles de la fontaine de Delphes, la vertu de communiquer la connaissance de l'avenir. Gallus, pour détruire en ce lieu le règne de l'idolâtrie et de la dissolution, y fit transporter les reliques de saint Babylas, évêque d'Antioche, martyrisé sous l'empire de Décius. Selon S. Jean Chrysostôme, Théodoret et Sozomène, la présence de ce saint corps imposa tout à coup silence à Apollon, et mit en fuite le libertinage. La séduction de l'oracle, les offrandes du peuple païen, les parties de débauche cessèrent en même temps; et Daphné, après avoir été pendant plusieurs siècles le théâtre de la licence la plus effrénée, devint un lieu de recueillement et de prières.

XXX. Décentius César.

Liban. or. 10, t. 2, p. 269-273.

Amm. l. 16, c. 12.

Zos. l. 2, c. 45.

Aur. Vict. de Cæs. p. 180.

Vict. epit. p. 226.