Till. Constantin, art. 76, et Constance, art. 5.
Constance y donnait un repas aux officiers de son armée, lorsque Titianus se présenta de la part de Magnence. C'était un sénateur romain, distingué par son éloquence et par ses dignités. Il avait été gouverneur de Sicile et d'Asie, consul l'année de la mort de Constantin, préfet de Rome et du prétoire des Gaules sous Constant. S'étant attaché à Magnence, il en avait reçu de nouveau la préfecture de Rome, et il l'avait conservée jusqu'au premier de mars de cette année. Il apportait des propositions outrageantes, qu'il accompagna d'un discours encore plus insolent. Après une injurieuse invective contre Constantin et ses enfants, dont le mauvais gouvernement causait, disait-il, tous les malheurs de l'état, il signifia à Constance qu'il eût à céder l'empire à son rival, et qu'il devait se tenir heureux qu'on voulût bien lui laisser la vie. L'empereur ne montra jamais autant de fermeté d'ame que dans cette occasion; il répondit tranquillement que la justice divine vengerait la mort de Constant, et qu'elle combattrait pour lui. Il ne voulut pas même retenir Titianus par droit de représailles.
XXXV. Divers succès de Magnence.
Jul. or. 1, p. 48 et or. 2, p. 97.
Amm. l. 15, c. 5.
Aur. Vict. de Cæs. p.180 et 181.
Zos. l. 2, c. 50.
Zon. l. 13, t. 2, p. 16.
Il fut bientôt récompensé de cette modération. Plusieurs sénateurs de Rome, ayant traversé le pays avec beaucoup de risque, vinrent se rendre auprès de lui; et Silvanus, fils de Bonit capitaine Franc, qui avait servi Constantin dans la guerre contre Licinius, abandonna tout à coup Magnence, et passa dans le camp ennemi, à la tête d'un corps considérable de cavalerie qu'il commandait. Pour prévenir les suites de cet exemple, Magnence mit ses troupes en mouvement. Il prend d'emblée et pille Siscia. Il ravage toute la rive droite de la Save, qu'il avait repassée; et chargé de butin, il la passe encore au-delà du camp de Constance, et s'avance jusqu'à Sirmium, dans l'espérance de s'en emparer sans coup férir. Le peuple réuni avec la garnison l'ayant repoussé, il marche vers Mursa sur la Drave avec toute son armée. Il en trouva les portes fermées, et les murs bordés d'habitants, qui en défendaient les approches à coups de traits et de pierres. Comme il manquait de machines nécessaires pour une attaque, il essaya de s'ouvrir une entrée en mettant le feu aux portes. Mais outre qu'elles étaient revêtues de fer, les habitants éteignirent le feu en jettant quantité d'eau du haut des murailles. En même temps Constance approchait. A la première nouvelle du danger où était cette place importante, il s'était mis en marche avec toutes ses troupes; et ayant laissé Cibalis sur la gauche et côtoyé la Drave, il s'avançait en diligence. Magnence lui dresse une embuscade. A quelque distance de la ville était un amphithéâtre entouré d'un bois épais qui en dérobait la vue. Le tyran y fait cacher quatre bataillons gaulois, avec ordre de fondre par-derrière sur l'ennemi, dès que la bataille sera engagée aux portes de la ville. Les habitants ayant du haut des murs aperçu cette manœuvre, en donnent avis à Constance qui charge aussitôt deux capitaines expérimentés, Scudilon et Manadus, de le débarrasser de ces Gaulois. Ces deux officiers à la tête de leurs plus braves soldats et de leurs archers, forcent l'entrée de l'amphithéâtre, ferment les portes, s'emparent des degrés qui régnaient autour dans toute la hauteur, et font des décharges meurtrières. Les malheureux Gaulois, semblables aux bêtes féroces qui avaient quelquefois servi de spectacle dans ce même amphithéâtre, tombent percés de coups les uns sur les autres au milieu de l'arène. Quelques-uns s'étant réunis, et se couvrant la tête de leurs boucliers, s'efforcent de rompre les portes: mais accablés de javelots, ou frappés de coups mortels ils restent sur la place, et pas un ne revient de cette embuscade.
XXXVI. Bataille de Mursa.