Jul. or. 1, p. 35-38, et or. 2, p. 57-60 et 97.
Vict. epit. p. 226.
Eutr. l. 10.
Hier. chron.
Zos. l. 2, c. 51 et 52.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 292.
Zon. l. 13. t. 2, p. 16 et 17.
Enfin après tant de marches et de mouvements divers, on en vint le 28 septembre à la bataille, qui devait décider du sort de Magnence. Elle fut livrée près de Mursa sur la Drave, où est aujourd'hui le pont d'Essek. Si l'on en croit Zonare, l'armée de Constance était de quatre-vingt mille combattants, et Magnence n'en avait que trente-six mille; ce qui ne s'accorde guères avec ce que les autres auteurs disent des forces redoutables du tyran. Les deux chefs haranguèrent leurs troupes, et les animèrent par les motifs les plus puissants de l'intérêt, de l'honneur, du désespoir. Constance avait le fleuve à droite: ses troupes étaient rangées sur deux lignes, la cavalerie sur les aîles, l'infanterie au centre. La première ligne était formée par les cavaliers armés de toutes pièces à la manière des Perses, et par l'infanterie chargée d'armes pesantes. A la seconde étaient placés la cavalerie légère, et tous ceux qui se servaient d'armes de jet, et qui ne portaient ni boucliers ni cuirasses. L'histoire ne nous apprend pas la disposition de l'autre armée. On resta en présence la plus grande partie du jour, sans en venir aux mains. Zonare raconte que pendant cette inaction Magnence, séduit par une magicienne, immola une jeune fille; et qu'en ayant mêlé le sang avec du vin, tandis que la prêtresse prononçait une formule exécrable, et qu'elle invoquait les démons, il en fit boire à ses soldats. Sur le déclin du jour les armées s'ébranlèrent, et le choc fut terrible. Constance pour ne pas exposer sa personne, s'était retiré dans une église voisine avec l'Arien Valens, évêque de Mursa: à peine entendit-il le bruit des armes, que frissonnant d'horreur, il essaya de séparer les combattants, en faisant proposer une amnistie pour ceux qui se détacheraient du parti du tyran, avec ordre à ses généraux de faire quartier à tous ceux qui mettraient bas les armes. Cette proclamation fut inutile: on n'entendait plus que les conseils de la fureur. Dès le commencement de l'action, l'aîle gauche de Constance avait enfoncé l'aîle droite des ennemis, et les cavaliers se livraient déja à la poursuite. Ce premier succès ne décida point la victoire. La nuit survient, et loin de séparer les deux partis, elle semble favoriser leur rage. Les vaincus se rallient; on se bat par pelotons: acharnés les uns sur les autres, ceux-ci ne veulent pas céder l'avantage; ceux-là ne veulent pas le perdre. Les cris des blessés et des mourants, le hennissement des chevaux, le son des instruments de guerre, le bruit des lances et des épées qui se brisent sur les casques et sur les boucliers, toutes ces horreurs enveloppées dans celles de la nuit, rendent le combat affreux. Ils se saisissent corps à corps; ils jettent leurs boucliers, et s'abandonnent l'épée à la main, contents de mourir pourvu qu'ils tuent. Les cavaliers couverts de blessures, ayant rompu leurs armes, sautent à terre et combattent avec le tronçon de leurs lances. Les officiers des deux armées ne se lassent point d'animer l'opiniâtreté des combattants, et de payer eux-mêmes de leur personne: on entend sans cesse répéter de toutes parts: Vous êtes Romains; souvenez-vous de la gloire et de la valeur romaine. Enfin la cavalerie de Constance fait un dernier effort: les archers enveloppent l'armée de Magnence et l'accablent de traits; les cavaliers armés de toutes pièces s'élancent et percent plusieurs fois les bataillons ennemis. Les uns périssent foulés aux pieds des chevaux; les autres se débandent et prennent la fuite: on les pousse jusqu'à leur camp, dont on s'empare aussitôt. Magnence, sur le point d'être pris, change d'habit et de cheval avec un simple soldat, et laissant sur le champ de bataille les marques de la dignité impériale, pour faire croire qu'il avait péri, il se sauve à toute bride. Ses soldats poursuivis sans relâche se jettent sur la gauche et gagnent les bords de la Drave. Là se fit le plus grand carnage: en un moment les rives furent couvertes d'un monceau d'hommes et de chevaux. Ceux qui accablés de fatigue et de blessures osèrent se jeter à la nage, furent emportés par la rapidité du fleuve.
XXXVII. Perte de part et d'autre.