XIV. Histoire d'Aëtius.

Epiph. hær. 76, t. 1, p. 192-193.

Greg. Nyss. l. 1, contra Eunom. t. 2, p. 292.

Socr. l. 2, c. 35

Soz. l. 3, c. 15; et l. 4, c. 12.

Philost. l. 3, c. 15 et 17.

Suid. in Ἀέτιος.

Nicet. Thes. orth. fid. l. 5, c. 30.

Les maîtres chrétiens placés autrefois auprès de lui par la main de Constance, étaient sans doute des Ariens qui avaient versé dans son cœur le poison de l'hérésie. Il fut confirmé dans l'erreur par les insinuations d'Aëtius. Cet impie, après avoir long-temps rampé dans la poussière où il était né, s'éleva jusqu'à devenir l'oracle du prince, et le chef d'un parti. Il était d'Antioche, fils d'un soldat qui fut condamné à mort, et dont les biens furent confisqués. Réduit dès l'enfance à une extrême misère, il fut d'abord ouvrier en cuivre, ensuite orfèvre. Une fraude reconnue l'obligea de quitter cette profession. Son impudence trouva une ressource dans le métier de charlatan. Après y avoir amassé quelque argent, il se crut du talent pour les sciences, et s'attacha à Paulin évêque d'Antioche. Eulalius successeur de Paulin l'ayant chassé de la ville, il se retira à Anazarbe en Cilicie, où l'indigence le contraignit de se mettre au service d'un grammairien, qui lui apprit ce qu'il savait. Il se fit encore de mauvaises affaires en cette ville; mais il trouva un asyle dans la maison de l'évêque Athanase, Arien déclaré, qui l'initia dans les matières de théologie. Il prit les leçons de plusieurs autres Ariens, et revint à Antioche, où l'évêque Léonce après l'avoir fait diacre, fut presque aussitôt forcé de l'interdire. Retourné en Cilicie il entra en dispute contre un Gnostique, qui remporta publiquement sur lui un tel avantage, que ce sophiste orgueilleux en pensa mourir de honte et de douleur. Aëtius crut avoir besoin d'un renfort de dialectique; il alla l'étudier dans l'école d'Alexandrie; et dès qu'il fut instruit des catégories d'Aristote, il se crut invulnérable. Il était subtil, opiniâtre, effronté, et la force de sa voix suppléait à son ignorance. Il prit dans cette ville contre un Manichéen la revanche de l'affront qu'il avait reçu du Gnostique: son adversaire confondu mourut de chagrin. Fier de cette victoire et tout hérissé de sophismes, il courut quelque temps de ville en ville, disputant toute la journée, et travaillant pendant la nuit à son métier d'orfèvre pour subsister. Plus hardi que les autres Ariens, il enchérit sur Arius lui-même, qui avait, disait-il, trahi la foi par une lâche condescendance. Il soutenait que le fils était créé, et d'une substance absolument différente de celle du père. Il donna naissance à la plus détestable de toutes les branches de l'arianisme; qu'on appela tantôt les Aëtiens, tantôt les Anoméens. Son sécrétaire Eunomius, imbu de sa doctrine, lui succéda et donna aussi son nom à cette secte. Les blasphèmes d'Aëtius le firent surnommer l'Athée. Les autres Ariens l'avaient en horreur; et d'abord quelques-uns d'entre eux le rendirent si odieux à Gallus, que ce prince donna ordre qu'on le cherchât et qu'on lui rompît les jambes. Léontius vint à bout de faire révoquer cette sentence; et peu de temps après, Aëtius sut si adroitement s'insinuer dans la confiance du César, qu'il devint son Théologien, et le missionnaire qu'il employait auprès de Julien, pour le retenir sur le penchant qui l'entraînait à l'idolâtrie.

An 354.