XVIII. Cruautés de Gallus.

Amm. l. 14, c. 10.

Liban, vit. t. 2, p. 34.

Il avait reçu à Valence les premières nouvelles de la mauvaise conduite de Gallus. Outre les lettres de Thalassius, Herculanus, officier des gardes, fils de cet Hermogène qui avait été mis en pièces à Constantinople dans une émeute populaire, et gendre du Lacédémonien Nicoclès, l'un des maîtres de Julien, homme rempli de probité et d'honneur, lui en avait fait de vive voix un rapport fidèle. Le prince ne gardait plus aucune mesure: tout l'Orient se ressentait de ses violences; il n'épargnait ni les officiers les plus distingués, ni les principaux des villes, ni le peuple. Dans un transport de colère, il condamna à mort par un seul arrêt plusieurs des premiers sénateurs d'Antioche, parce que dans une disette publique, comme il voulait mal-à-propos baisser tout à coup le prix des vivres, ils lui avaient fait à ce sujet des remontrances qui blessaient sa fierté; et il les eût tous envoyés au supplice, sans la courageuse résistance d'Honoratus comte d'Orient. Le complot que l'émissaire de Magnence avait tramé contre Gallus, ayant été révélé par une pauvre femme, ainsi que je l'ai raconté, Constantine ne s'était pas bornée à la récompenser, comme il était raisonnable; mais pour réveiller de plus en plus l'émulation des délateurs, elle avait affecté de la combler des plus grands honneurs, en la faisant promener dans un char, avec une pompe semblable à celle d'un triomphe.

XIX. Mort de Théophile.

Amm. l. 14, c. 7.

Liban. vit. t. 2, p. 36; et or. 12, p. 399.

Jul. Misop. p. 370, ed. Spanh.

Les excès de Gallus n'étaient pas seulement l'effet d'une simplicité grossière, comme Julien le voudrait faire entendre; on y découvre les traits d'une malice réfléchie. Un jour qu'il partait pour Hiérapolis, le peuple d'Antioche, se jetant à ses pieds, le suppliait de ne pas quitter la ville, sans avoir pris des mesures pour prévenir la famine, dont on sentait déja les approches. Gallus se contenta de leur dire en montrant Théophile, gouverneur de Syrie, qui se trouvait auprès de lui: Je vous laisse celui-ci; il ne tiendra qu'à lui qu'aucun de vous ne manque de pain. Ces paroles furent pour Théophile un arrêt de mort. C'était un homme de bien, dont Gallus voulait sans doute se défaire. Quelques jours après, la disette s'étant fait sentir dans la ville, il s'éleva une querelle dans les jeux du cirque, ce qui était fort ordinaire. Quatre ou cinq misérables de la lie du peuple en prennent occasion de se jeter sur Théophile: il est assommé de coups, foulé aux pieds, traîné par les rues. La populace furieuse court en même temps à la maison d'Eubulus, l'un des premiers magistrats: ses grandes richesses étaient un crime impardonnable aux yeux d'une multitude affamée. Il se sauve avec son fils à travers une grêle de pierres, et va se cacher dans les montagnes voisines: on réduit en cendres sa maison qui égalait en magnificence les palais des princes. L'indulgence de Gallus en faveur d'un homme justement odieux, augmenta encore le mécontentement. Sérénianus, duc de la Phénicie, avait par lâcheté abandonné une partie de la province aux ravages des Sarrasins. Il fut juridiquement accusé de crime de lèse-majesté. On le convainquit même d'avoir consulté un oracle pour savoir s'il pourrait se rendre maître de l'empire. Il fut absous malgré l'indignation publique.

XX. Massacres de Domitien et de Montius.