Amm. l. 14, c. 9.

Diog. Laert. in Zenon. Eleat.

Le jour marqué pour le jugement étant arrivé, Ursicin qui ne prêtait que son nom, prit séance: les autres avaient leur leçon dictée; les greffiers allaient et venaient sans cesse, pour instruire le prince des interrogations et des réponses. Les juges affectaient à l'envi une rigueur outrée, pour servir la colère du prince et la noirceur de Constantine, qui écoutait tout derrière un voile, qu'elle entr'ouvrait de temps en temps. On ne laissait pas aux accusés la liberté de se défendre. On amena d'abord Épigonius et Eusèbe, malheureuses victimes d'une équivoque. Le premier fit connaître qu'il n'avait que l'habit de philosophe: après des supplications qui déshonoraient l'innocence, cédant aux douleurs de la question, il s'avoua complice d'un crime imaginaire, et se rendit par sa faiblesse digne de la mort qu'il n'avait pas auparavant méritée. Mais l'orateur Eusèbe, prenant sur lui le rôle de son camarade, et renouvelant l'exemple héroïque de l'ancien philosophe Zénon d'Élée, tint ferme contre les tourments les plus cruels: il persista à démentir ses accusateurs, à justifier tous ceux qu'on lui nommait comme ses complices, et à reprocher aux juges leur honteux brigandage. Comme la connaissance des lois et des formes du barreau, le mettait en état de relever les nullités de ce jugement, le César en étant averti ordonna, pour lui fermer la bouche, de redoubler les rigueurs de la torture. On épuisa sur lui toute la rage des bourreaux: ce n'était plus qu'un cadavre informe, et il implorait encore la justice céleste; il foudroyait ses juges par un ris menaçant; et sans être ni forcé à un faux aveu, ni convaincu, il fut enfin condamné avec le méprisable compagnon de son sort. Il souffrit la mort sans effroi, ne plaignant dans ses dernières paroles que le malheur de ceux qui allaient lui survivre, sous un gouvernement si injuste. On informa ensuite sur cet habit de pourpre, auquel on travaillait à Tyr. On appliqua les ouvriers à la torture: on mit en cause un diacre nommé Maras; on lui produisit des lettres de sa main, adressées au chef de la manufacture, par lesquelles il le pressait de hâter un certain ouvrage, mais sans en désigner l'espèce ni la qualité: malgré les plus affreux tourments, on ne put tirer aucun aveu de la bouche du diacre. On exila les deux Apollinaires père et fils à une maison de campagne nommée les Cratères, qu'ils avaient à huit lieues d'Antioche[23]. Mais dès qu'ils y furent arrivés, on les fit mourir par ordre du prince, après leur avoir rompu les jambes. Tant de supplices ne rassurèrent pas Gallus: il continua cette inquisition sanguinaire; et plusieurs autres innocents furent sacrifiés à ses tyranniques soupçons.

[23] Ou plutôt à vingt-quatre milles. Ad locum Crateras nomine pervenissent, villam scilicet suam, quæ ab Antiochia vicesimo et quarto disjungitur lapide. Amm. Marc., l. 14, c. 9.—S.-M.

XXIV. Perte de Gallus résolue.

Amm. l. 14, c. 11.

Jul. ad Ath. p. 272.

Liban. or. 10, t. 2, p. 298.

Zos. l. 2, c. 55.

Eutr. l. 10.