Gallus restait assis, tout tremblant. Levez-vous, lui dit brusquement Barbation: en même temps il le fait monter dans un chariot et le conduit à Flanona[29] dans l'Istrie. Cette ville était proche de Pola, où Crispus César avait été mis à mort. On y gardait étroitement Gallus, et ce prince infortuné, en proie à des alarmes continuelles, n'attendait à chaque instant que le bourreau. L'eunuque Eusèbe, le sécrétaire Pentadius, et Mellobaude capitaine des gardes, arrivèrent de la part de l'empereur. Ils étaient chargés de l'interroger en détail sur la condamnation de tous ceux qu'il avait fait périr à Antioche. Gallus pâle et interdit ne put ouvrir la bouche que pour s'excuser sur les mauvais conseils de sa femme. Constance encore plus indigné de cette réponse qui flétrissait sa sœur, renvoie aussitôt Pentadius avec Apodémius, et leur ordonne de trancher la tête à Gallus. L'ingrat Sérénianus, comme pour punir le prince de l'avoir injustement absous quelque temps auparavant, se charge avec eux de cette funeste commission. A peine étaient-ils partis, que Constance par un retour de compassion en faveur de son beau-frère, envoya après eux un officier pour leur ordonner de suspendre l'exécution. Mais celui-ci corrompu par Eusèbe et par les autres ennemis de Gallus, fit en sorte de n'arriver qu'après le supplice. Ainsi périt ce jeune prince, à qui sa haute naissance ne procura qu'une vie misérable et une fin tragique. Elle l'avait d'abord exposé aux soupçons meurtriers de Constance; elle le tint pendant plusieurs années dans une triste captivité; plus heureux cependant, s'il n'en fût jamais sorti pour épouser une princesse cruelle et sanguinaire, et pour être revêtu d'un pouvoir qui ne servit qu'à le rendre criminel: la fin de sa disgrâce fut l'origine de sa perte. Il mourut à l'âge de vingt-neuf ans, après avoir porté pendant près de quatre années la qualité de César. Ceux qui avaient prêté leur ministère pour le tromper, ne se félicitèrent pas long-temps du succès de leurs mensonges et de leurs parjures. Scudilon mourut peu de temps après d'une maladie violente, et Barbation périt dans la suite par le même supplice où il avait conduit ce malheureux prince.
[29] Cette ville se nomme actuellement Fianone; elle est encore comprise dans l'Istrie moderne bien moins étendue que l'ancienne.—S.-M.
XXIX. Joie de la cour.
Amm. l. 15, c. 1.
Ath. in Synod. t. 1, p. 718.
Valens et Ursac. in Synod. Arim.
Dans le temps même qu'on dépouillait le César des ornements de sa dignité, l'ardent Apodémius s'était saisi des brodequins de pourpre. Aussitôt prenant la poste, et courant à toute bride jusqu'à crever plusieurs chevaux, il était venu à Milan les jeter aux pieds de l'empereur, avec plus d'empressement et de joie, que s'il eût apporté les dépouilles d'un roi de Perse[30]. Peu de temps après, la nouvelle de la mort du prince fut reçue à la cour comme celle d'une victoire complète. L'adulation s'épuisait sur le bonheur, sur la toute-puissance de l'empereur. Enivré de ces éloges, il se crut au-dessus de tous les accidents humains: en vain se flattait-il d'imiter la modestie de Marc-Aurèle, on ne voyait en lui que la ridicule vanité de Domitien. Dans les écrits de sa propre main, il s'intitulait le maître du monde; il prenait le nom l'éternel, qui ne fut jamais pour les hommes qu'un titre d'extravagance; les évêques Ariens qui refusaient cette qualité au fils de Dieu, n'avaient pas honte de la donner à Constance dans leurs lettres et dans des actes authentiques.
[30] Velut spolia regis occisi Parthorum.—S.-M.
XXX. Délateurs.
Amm. l. 15, c. 3.