Les délateurs accoururent en foule de toutes les parties de l'empire. Ils n'épargnaient personne; mais ils s'acharnaient par préférence sur la vertu jointe à la richesse. Paul la Chaîne conservait son rang, comme le plus habile et le plus méchant de tous. Il avait pour second un nommé Mercurius, Perse d'origine, qui d'officier de la bouche de l'empereur était devenu receveur du domaine. On l'appelait par raillerie le comte des songes, parce que c'était sur les songes qu'il fondait la plupart de ses accusations: tel était le département qu'il avait choisi. Cet homme rampant et flatteur, s'insinuant dans les cercles et dans les repas, recueillait avec attention les circonstances des songes que des amis se racontaient les uns aux autres: c'était alors une folie fort à la mode; et les empoisonnant avec méchanceté, il allait en faire sa cour à l'empereur. Il n'en fallait pas davantage pour susciter un procès criminel. La fin malheureuse de quelques-uns de ces songeurs réussit bientôt à guérir les autres de cette superstition puérile; on cessa de rêver, ou du moins de raconter ses rêves, dès qu'on s'aperçut qu'ils tiraient à de si terribles conséquences; on n'avouait pas même volontiers qu'on eût dormi.
XXXI. Péril d'Ursicin.
Amm. l. 15, c. 2.
L'envie qui ne pardonne jamais au mérite, ne perdait pas de vue Ursicin. On insinuait à Constance que le nom de l'empereur était oublié dans tout l'Orient; qu'on n'y parlait que d'Ursicin, comme du seul général redoutable aux Perses. Le prince prenait ombrage de ces discours. Ursicin rassuré par sa vertu, se contentait de gémir en secret du péril que courait l'innocence, et de la perfidie des amis de cour, qui l'abandonnèrent dès le premier assaut. Le traître Arbétion son collègue, homme d'une malice raffinée, avait trouvé pour le perdre un moyen plus sûr que la calomnie; c'était de le louer à outrance; il ne le nommait jamais que le grand capitaine. Ces éloges perfides produisirent leur effet: c'était d'aigrir de plus en plus l'empereur. Il fut décidé dans un conseil secret, qu'Ursicin serait la nuit suivante enlevé de sa maison à petit bruit, pour ne point alarmer les gens de guerre dont il possédait le cœur; et que sans forme de procès on lui ôterait la vie. Tout était préparé; les assassins commandés n'attendaient que le moment de l'exécution, lorsqu'il leur vint un ordre contraire. Constance adouci par la réflexion, contre sa coutume, avait jugé à propos de différer.
XXXII. Et de Julien.
Amm. l. 15, c. 2.
Jul. ad Ath. p. 272.
Lib. or. 10 t. 2, p. 266.
Julien n'avait eu aucune part à la conduite de Gallus; mais ceux qui avaient contribué à la mort de son frère, n'osaient le laisser vivre. On lui fit un crime d'être sorti du château de Macellum, et d'avoir entretenu Gallus à Nicomédie. Ce fut en vain qu'il prouva que l'empereur lui avait permis l'un et l'autre: on l'arrêta; on lui donna des gardes qui le traitèrent avec dureté. Ce jeune prince qui n'avait de ressource qu'en lui-même, observé sans cesse par des regards malins, ne donna sur lui aucune prise. Il garda un profond silence; et n'eut ni la lâcheté de charger la mémoire de son frère pour flatter l'empereur, ni l'imprudence d'aigrir l'empereur en justifiant son frère.
XXXIII. Poursuites des partisans de Gallus.