XXXVII. Complot contre Silvanus.

Amm. l. 15, c. 5.

Jul. ad Ath. p. 273 et 274.

La paix qui suivit fut plus funeste à l'empereur que ne l'avait été la guerre. Les fourbes, dont il était le jouet, pensèrent renverser sa puissance: ils le mirent dans la nécessité de perdre, pour conserver son diadème, celui de ses sujets qui était le plus capable de le soutenir. La Gaule abandonnée aux pillages, aux massacres, aux incendies, était depuis long-temps la proie des Barbares. Silvanus, général de l'infanterie[43], qui depuis la bataille de Mursa avait en toute occasion signalé sa fidélité et sa valeur, y fut envoyé comme très-propre à rétablir dans cette belle province la paix et la sûreté. Les Francs, desquels il tirait son origine, redoutaient sa bravoure. Arbétion, à qui son mérite faisait ombrage, avait travaillé lui-même à lui procurer ce commandement, dans le dessein de le détruire plus aisément en son absence. Aussi dès que Silvanus fut parti, pendant que ce général parcourait la Gaule chassant devant lui les Barbares, le traître mit en jeu les mêmes ressorts dont on s'était servi pour hâter la perte de Gallus. Mais ce politique, aussi rusé que méchant, se contenta d'avoir donné le premier mouvement à la machine; il se déroba ensuite habilement, laissant à d'autres la conduite de toute l'intrigue, qui ne fut jamais parfaitement éclaircie. On jugea par conjecture qu'il avait fait agir en sa place Lampadius, préfet du prétoire d'Italie, et que celui-ci avait suborné Dynamius. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce Dynamius, qui n'avait pas d'emploi plus relevé que celui de tenir le registre des écuries du prince[44], feignit de s'attacher à Silvanus, et le suivit en Gaule. A peine y fut-il arrivé, qu'il supposa une affaire qui le rappelait à la cour. Il obtint du général des lettres de recommandation adressées à ses amis, et à son retour il les déposa entre les mains de la cabale. Elle était, à ce qu'on a cru dans la suite, composée du préfet Lampadius, d'Eusèbe qui avait été intendant du domaine[45], décrié pour sa sordide avarice[46], et d'Edésius qui avait eu la charge de secrétaire-d'état[47]. Voici l'usage qu'on trouva bon de faire de ces lettres; on effaça tout hors la signature, et on les remplit de propos qui supposaient une conspiration déja formée: Silvanus en termes couverts priait les amis qu'il avait à la cour, et plusieurs autres encore, de lui prêter la main dans la haute entreprise qu'il avait projetée; qu'il serait bientôt en état de les payer de leurs services. Ces lettres tracées par l'imposture furent remises au préfet: celui-ci d'un air empressé se fait introduire de grand matin dans l'appartement du prince. Constance, toujours avide de ces sortes de recherches, prend aussitôt l'alarme: on tient conseil, on fait la lecture des lettres; on donne des gardes aux tribuns qui y étaient nommés; on envoie chercher dans les provinces les prétendus conjurés, qui ne se trouvaient pas à la cour.

[43] Pedestris militiæ rector.—S.-M.

[44] Actuarius sarcinalium principis jumentorum.—S.-M.

[45] Ex comite rei privatæ.—S.-M.

[46] Ammien Marcellin lui donne le surnom de Mattiocopa; ce qui selon le P. Petau, dans sa note sur le mot ματιοκόπτη, employé par Thémistius (or. 4), signifie un homme avare. Voyez à ce sujet la note de Henri Valois et celle de Lindenbrog, dans l'édition d'Ammien Marcellin, donnée par Gronovius, p. 60.—S.-M.

[47] Ex magistro memoriæ. Cette charge de magister memoriæ était appelée en grec ἀντιγραφεὺς τῆς μνήμης.—S.-M.

XXXVIII. Découverte de l'imposture.