Malarich officier Franc, et commandant de la garde étrangère[48], faisait grand bruit avec ses collègues sur l'iniquité de ce procédé. Il criait hautement que c'était une chose indigne d'abandonner à la calomnie des gens d'honneur, qui se sacrifiaient pour le salut de l'empire. Il proposait de laisser en ôtage entre les mains de l'empereur sa femme et ses enfants, et d'aller, sous la caution de Mallobaude[49], chercher Silvanus, qui n'avait assurément jamais songé à ce que des fourbes lui imputaient; ou si l'on aimait mieux confier cette commission à Mallobaude, il s'offrait à rester dans les fers pour lui servir de caution: Si l'on envoie tout autre que l'un de nous deux, ajoutait-il, je ne réponds pas du parti que pourra prendre Silvanus, naturellement impatient, et aussi peu accoutumé aux manéges de cour qu'il est intrépide dans les dangers de la guerre. Ces avis étaient sages, mais ils furent inutiles. Arbétion fit envoyer Apodémius, le fléau de tous les gens de bien. Cet homme pervers, loin d'user des ménagements qu'on lui avait recommandés d'employer, ne rend point de visite au général; il ne lui donne aucune connaissance de l'ordre qui le rappelait à la cour. De concert avec le receveur du domaine, il affecte de traiter les clients et les esclaves de Silvanus, comme ceux d'un homme proscrit, et prêt à monter sur l'échafaud. Pendant qu'il travaillait en Gaule à pousser à bout Silvanus, la cabale de la cour ne restait pas oisive. Dynamius, pour appuyer son imposture par de nouvelles preuves, avait contrefait des lettres de Silvanus et de Malarich, au commandant de l'arsenal de Crémone: ils le sommaient de se mettre en état de fournir au premier jour tout ce qu'il avait promis. Cette seconde supercherie décela la première. Le commandant ne comprenant rien à cette dépêche, la renvoie à Malarich, le priant de s'expliquer plus nettement. Malarich qui depuis le départ d'Apodémius attendait dans une douleur profonde la perte de Silvanus et la sienne, réveillé par cette lettre, la communique aux Francs, qui remplissaient alors beaucoup d'emplois à la cour: il élève sa voix; il triomphe de la découverte.
[48] Gentilium rector.—S.-M.
[49] Armaturarum tribunus. Chef de l'arsenal.—S.-M.
XXXIX. Jugement des coupables.
Amm. l. 15, c. 5.
Till. art. 35.
L'empereur, en étant instruit, ordonne une nouvelle information par-devant les juges de son conseil, et tous les officiers de guerre. Les juges, pour ne pas commettre leur infaillibilité, daignaient à peine jeter la vue sur la prétendue lettre de Silvanus qu'ils avaient déja eue sous les yeux. Mais Florentius, fils de Nigrinianus, et lieutenant du grand-maître des offices[50], la considérant avec plus d'attention, découvrit des traces de la première écriture, et dévoila toute la fourberie. L'empereur, ayant enfin entr'ouvert les yeux, commence par déposer le préfet du prétoire; il ordonne qu'il soit appliqué à la question: mais les amis du préfet obtiennent la révocation de cet ordre. Eusèbe et Edésius souffrirent la torture; le premier s'avoua complice; l'autre persista dans la négative et fut déclaré innocent. L'affaire n'eut pas d'autre suite. Le préfet fut seul puni par la perte de sa charge. Lollianus déja consul fut mis en sa place. Dynamius, qui méritait mille morts, fut récompensé comme un sujet de grande ressource pour les coups d'état; on lui donna le gouvernement de la Toscane[51].
[50] Agens pro magistro officiorum.—S.-M.
[51] Le commandant de cette province portait le titre de Correcteur. Cum Correctoris dignitate regere jussus est Tuscos.—S.-M.
XL. Révolte de Silvanus.