Amm. l. 15, c. 8.
Liban. or. 10, t. 2, p. 271 et 280.
Zos. l. 3, c. 2.
Eunap. in Max. t. 1, p. 54 et 55. ed. Boiss.
Socr. l. 3, c. 1.
Soz. l. 5, c. 2.
Zon. l. 13, t. 2, p. 20.
Till. art. 38.
Constance avait donné à Julien le gouvernement de la Gaule, de l'Espagne, et de la Grande-Bretagne: il l'avait créé César pour l'opposer aux Barbares: mais son aveugle jalousie semblait s'entendre avec eux. Il fit tout ce qu'il fallait pour empêcher Julien de réussir. On soupçonna même, car on prête volontiers des crimes aux princes qui ne sont pas aimés, on soupçonna qu'il ne l'envoyait en Gaule que pour le perdre. Il est plus vraisemblable que son dessein était seulement de le tenir comme en tutelle, et de lui ôter tous les moyens de se rendre trop puissant. Il ne restait en Gaule que peu de troupes, accoutumées à fuir devant les Barbares: l'empereur ne donna à Julien qu'une faible escorte de trois cents soixante soldats; les généraux avaient ordre d'observer ses démarches avec plus de soin que les mouvements des ennemis. On laissait Ursicin dans la province, mais il ne conservait que le titre de général sans emploi. Le secret de la cour et tout le pouvoir était entre les mains de Marcellus, qui partait avec Julien. Les officiers dont on composa son conseil, étaient plus propres à l'arrêter dans le chemin de la gloire, qu'à l'exciter aux grandes entreprises. On mit à son autorité les bornes les plus étroites; et selon l'expression d'un auteur contemporain, Julien ne pouvait disposer que de sa casaque. On ne le laissa maître d'aucune grace, d'aucune libéralité. Loin d'accorder aux troupes quelque gratification extraordinaire, comme c'était la coutume à la promotion des nouveaux Césars, on ne leur paya pas même les montres qui leur étaient dues; et l'on eut lieu de prendre à la lettre ces expressions de Constance, que c'était son image qu'il envoyait en Gaule, plutôt qu'un nouveau prince. Julien partit avec sa petite escorte le 1er de décembre: le temps fut si beau pendant son voyage, que ses admirateurs n'ont pas oublié d'en faire un miracle. Constance l'accompagna jusqu'au-delà de Pavie [Ticinum][65], et reçut en chemin la nouvelle de la prise et du saccagement de Cologne. Craignant que cet événement ne rompît ses mesures, il en fit un secret à Julien, qui n'en fut informé qu'à son arrivée à Turin. Un si triste commencement affligea fort le prince; on lui entendit plusieurs fois dire, en soupirant, qu'en devenant César il n'avait gagné que de périr avec moins de tranquillité. Un présage, quoique frivole, fut toutefois suffisant pour rassurer les soldats. Comme il traversait une petite ville de Gaule, c'était la première qu'il rencontrait sur sa route, une des couronnes qu'on avait suspendues sur son passage, se détacha et se posa sur sa tête: on poussa des cris de joie, comme sur un pronostic assuré de la victoire. Julien s'arrêta à Vienne, où il fut reçu au milieu des acclamations d'un grand peuple. On célébra son entrée comme celle d'un génie salutaire, et du libérateur de la Gaule. On dit qu'une vieille femme aveugle et idolâtre, bien instruite apparemment des secrètes dispositions de Julien, ayant demandé qui était celui qui entrait dans la ville, comme on lui eut répondu que c'était le César Julien, s'écria d'un ton de prophétesse, que ce prince rétablirait le culte des dieux. Nous raconterons ses exploits, quand nous aurons repris depuis la mort de Constant les affaires de l'église, que l'empereur troublait de plus en plus.
[65] Jusqu'à un lieu où se trouvaient deux colonnes entre Lumello dans le Piémont et Pavie. Ad usque locum duabus columnis insignem, qui Laumellum interjacet et Ticinum, dit Ammien, l. 15, c. 8.—S.-M.