Amm. l. 13, c. 6 et 8.
Cod. Th. lib. 9, tit. 16, leg. 4, 5, 6.
La Gaule commençait à respirer; mais les défiances perpétuelles de Constance rendaient sa cour un séjour moins assuré que la Gaule. Les délateurs, plus dangereux que les Barbares, étaient secrètement excités par les favoris qui profitaient des confiscations. Rufin préfet du prétoire, Arbétion général de la cavalerie, l'eunuque Eusèbe et plusieurs autres s'enrichissaient de condamnations. Tout était crime de lèse-majesté: la sottise même et la superstition devenaient un attentat contre le prince; et s'il en faut croire Ammien, ce fut moins par zèle pour la religion chrétienne, que par l'effet d'une crainte pusillanime, que Constance fit en ce temps là plusieurs lois qui condamnaient à mort et les devins et ceux qui les consultaient. Un autre Rufin, ce chef des officiers de la préfecture, qui avait gagné les bonnes graces du prince en accusant Africanus, ayant corrompu la femme d'un certain Danus, habitant de la Dalmatie, l'engagea à prendre la voie la moins périlleuse pour se défaire de son mari: c'était de l'accuser d'une conspiration contre l'empereur. Selon les instructions de ce fourbe, elle supposa que Danus aidé de plusieurs complices avait dérobé le manteau de pourpre renfermé dans le tombeau de Dioclétien. Rufin accourt à Milan pour déférer ce forfait à l'empereur. Heureusement pour l'innocence, Constance chargea cette fois de l'information deux hommes incorruptibles; c'étaient Lollianus[89] préfet du prétoire d'Italie, et Ursulus surintendant des finances[90]. Ils se transportent sur les lieux; l'affaire est traitée à la rigueur; on met à la question les accusés. Leur constance à nier le crime embarrassait les commissaires; enfin la vérité éclata: la femme pressée elle-même par les tourments avoua son intrigue avec Rufin; ils furent tous deux condamnés à mort, comme ils ne l'avaient que trop méritée. Mais Constance, irrité d'avoir perdu dans Rufin un zélé serviteur, envoie en diligence à Ursulus une lettre menaçante, avec ordre de se rendre à la cour. Ursulus, malgré ses amis qui tremblaient pour lui, vient hardiment, se présente au conseil, rend compte de sa conduite et de celle de Lollianus avec tant de fermeté, qu'il impose silence aux flatteurs, et force l'empereur d'étouffer son injuste ressentiment. Les innocents ne furent pas tous aussi heureux que Danus. Une maison fort riche fut ruinée dans l'Aquitaine, parce qu'un délateur invité à un repas, ayant aperçu sur la table et sur les lits qui l'environnaient quelques morceaux de pourpre, prétendit qu'ils faisaient partie d'une robe impériale; il s'en saisit, les alla présenter aux juges, qui ordonnèrent une recherche exacte pour découvrir où pouvait être le reste de la robe. On ne trouva rien, mais la maison fut pillée. Il y avait en Espagne une coutume singulière dans les festins: au déclin du jour, quand les valets apportaient les lumières, ils disaient à haute voix aux convives: Vivons, il faut mourir. Un agent du prince qui avait assisté à un de ces repas, fit un crime de ce qui n'était qu'un usage; il sut si bien envenimer ces paroles, qu'il y trouva de quoi perdre une honnête famille. Arbétion, l'un des principaux auteurs de ces calomnies, se vit lui-même sur le point de succomber. On employa contre lui ses propres artifices. Le comte Vérissimus l'accusa de porter ses vues jusqu'à l'empire, et de s'être fait faire d'avance les ornements impériaux. Dorus, dont nous avons déja parlé, se mit de la partie. On commença l'instruction du procès; on s'assura des amis d'Arbétion: le public attendait avec impatience la conviction de ce personnage odieux. Mais la sollicitation des chambellans du prince arrêta tout à coup la procédure; on mit en liberté ceux qui étaient détenus pour cette affaire: Dorus disparut, et Vérissimus demeura muet, comme s'il eût oublié son rôle.
[89] Cet officier est appelé Mavortius par Ammien Marcellin, l. 16, c. 8. Il portait indifféremment ces deux noms. En l'an 352, il avait été consul avec Arbétion; et en 355, il avait exercé la charge de préfet de Rome.—S.-M.
[90] Comes largitionum.—S.-M.
XXV. Constance vient à Rome.
Jul. or. 3, p. 129.
Amm. l. 16, c. 10.
Idat. chron.
Till. not. 39.