XXII.

Julien assiégé à Sens.

Amm. l. 16, c. 3, 4.

Jul. ad Ath. p. 278, ed. Spanh.

Ce ne fut pas pour lui un temps de repos. Il n'avait pas affaire à des ennemis rassemblés en un corps, qui fixassent toutes ses vues sur un seul objet. C'étaient des essaims de Barbares, tantôt séparés, tantôt réunis, qu'il était difficile de vaincre, difficile même d'atteindre, les uns en-deçà du Rhin, les autres au-delà, mais toujours prêts à franchir cette barrière, et qui partageaient son esprit en autant de soins, qu'ils occupaient de territoires, et que le Rhin offrait de passages. Il s'agissait d'écarter tous ces nuages, de ramener dans les postes exposés les garnisons que la terreur avait dispersées, de pourvoir dans des pays ruinés aux subsistances d'une armée toujours en mouvement, et dont les marches ne pouvaient être réglées que sur les courses imprévues des ennemis. Il venait d'être associé pour la seconde fois à Constance dans le consulat. Pendant qu'il prenait des mesures pour la campagne prochaine, une multitude de Barbares vint l'assiéger dans la ville de Sens. Ils se flattaient d'autant plus de réussir, qu'ils savaient que le manque de vivres l'avait obligé de séparer une partie de ses meilleurs corps, et de les distribuer en divers quartiers. Julien fit fortifier les endroits faibles de la ville; toujours la cuirasse sur le dos, il se montrait jour et nuit sur les remparts; il brûlait d'impatience d'en venir aux mains, mais il était retenu par la considération du petit nombre de ses troupes. Enfin après trente jours de siége, les Barbares aussi peu constants dans l'exécution que prompts à entreprendre, perdirent courage et se retirèrent.

XXIII. Disgrace de Marcellus.

[Julian. ad Athen. p. 278, ed. Spanh.]

Amm. l. 16, c. 4, 7, et 8.

Marcellus, quoiqu'il ne fût pas éloigné de Julien, ne s'était pas mis en peine de le secourir dans un péril si pressant. Il avait cru sans doute suivre les intentions de Constance. Mais il est dangereux de se prêter aux vues de l'injustice: comme elle dégrade ceux qui la servent, elle en prend droit de les mépriser; et souvent pour se disculper, elle se fait honneur de les punir. D'ailleurs Constance voulait tenir Julien dans l'abaissement, mais il ne voulait pas le perdre. La conduite du général excitait les murmures; l'empereur le sacrifia sans regret à la haine publique: il lui ôta le commandement, et lui donna ordre de se retirer sur ses terres. Marcellus prit cependant le parti de venir à la cour, dans l'espérance de se justifier en chargeant Julien: il comptait sur la faveur que la calomnie trouvait auprès du prince. Mais le César se doutant de son dessein, fit partir en même temps son chambellan Euthérius, et lui confia le soin de le défendre. Marcellus qui ne savait rien de cette précaution, arrive à Milan, et se plaint hautement de sa disgrace: il était impétueux et fanfaron. Il se fait introduire au conseil; il déclame contre Julien avec beaucoup de chaleur: c'était, disait-il, un jeune téméraire, un ambitieux qui prenait l'essor au point de ne plus reconnaitre de supérieur. Après une invective fort animée à laquelle il n'attendait pas de réponse, il est surpris de voir paraître Euthérius, qui de sang-froid et d'un ton modeste réfute en peu de mots tous ses mensonges, développe ses indignes manœuvres, rend un compte exact de ce qui s'est passé au siége de Sens, et répond sur sa tête de la fidélité inviolable de son maître. Marcellus confondu se retira à Sardique sa patrie. Le vertueux Euthérius soutenait à la cour de Julien le rôle qu'il avait fait inutilement dans celle de Constant. Sobre, uniforme dans sa conduite, à l'épreuve de tout intérêt, fidèle et d'un secret impénétrable, il ne profitait de sa faveur que pour inspirer les mêmes vertus au jeune prince. Il s'efforçait de corriger par ses sages conseils ce que l'éducation asiatique avait laissé de léger et de frivole dans le caractère de Julien. Aussi ce rare courtisan eut-il un bonheur presque inconnu aux favoris: sa considération survécut à son maître; il ne fut pas obligé dans sa vieillesse d'aller cacher dans une retraite voluptueuse des richesses odieuses et injustement acquises. Il passa ses dernières années à Rome, jouissant du repos d'une bonne conscience, chéri et honoré de tous les ordres de l'état.

XXIV. Etat de la cour de Constance.